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2022/2 L'AAS a 100 ans, vive l'AAS!

Histoire de l'AAS (1997-2022) - L’association et ses organes

Commentaires Résumé

Une association, ce sont d’abord des membres individuels et collectifs qui forment l’Assemblée générale, souveraine. Elle s’appuie sur un Comité dont il faut souligner la féminisation entre 1997 et 2022 et un Secrétariat permanent dont le taux d’activité a augmenté progressivement.

Les membres: le millier dépassé en 2022

L’année 1998 marque, en dix ans, le doublement des effectifs de l’AAS. Celle-ci compte alors 363 membres dont 254 membres individuels. Il est constaté à cette date que 30% de ceux-ci sont engagés dans les structures associatives, ce qui plaide pour une reconsidération du service de milice. Plusieurs archivistes cumulent les charges.

Entre 1997 et 2022, l’AAS connaît un accroissement plus au moins continu. Elle passe de 353 membres à 1004, soit une augmentation de 285%. La croissance moyenne annuelle est de 4,36% avec un pic en 2010/2011 (10,4%) et un plancher en 2019/2020 (0,5%). En chiffres absolus, cela donne l’adhésion de 25 nouveaux membres par année, 67 en 2010/2011 et 5 en 2019/2020.

Année

Membres individuels

Membres collectifs

Totaux au 31 mai

1997

246

107

353

1998

254

109

363

1999

269

118

387

2000

271

124

395

2001

289

136

425

2002

314

136

450

2003

334

138

483

2004

348

143

506

2004

364

152

528

2005

369

158

537

2006

386

159

554

2007

432

160

600

2009

473

171

652

2010

522

180

711

2011

552

182

739

2012

579

193

777

2013

614

191

805

2014

663

192

855

2015

677

193

870

2016

697

193

892

2017

721

195

916

2018

748

201

949

2019

757

202

959

2020

763

201

964

2021

773

201

974

2022

802

202

1004

Le détail numérique du tableau ne tient pas compte des démissions enregistrées d’un exercice à l’autre, le plus souvent pour des causes de réorientation professionnelle et de départ à la retraite.

L’attrait du réseautage et des enseignements donnés à l’interne motive principalement les nouvelles adhésions.

Evolution du nombre de membres individuels et de membres collectifs
© Gilbert Coutaz

Deux figures emblématiques, aux extrêmes de la période considérée, méritent la citation pour leur valeur exemplaire.

En 1998, le Rapport d’activité relève que 13 membres ont 34 ans et plus de vie associative, le plus ancien étant Jean Charles Biaudet (1910-2000). Archiviste aux Archives cantonales vaudoises, entre 1943 et 1950, il embrasse une carrière brillante de bibliothécaire cantonal, puis de professeur à l’Université de Lausanne. Il a gardé sa carte de membre reçue en 1943 jusqu’à sa mort.

Hugo Hungerbühler (1924-2021), décédé le 24 avril 2021, archiviste de la Ville de Zurich entre 1973 et 1989 et caissier de l’AAS entre 1978 et 1986, a cotisé encore en 2020. Il compte parmi les fidèles des assemblées générales qu’il a continué de fréquenter bien après sa retraite en 1989. Il est l’auteur d’un coup d’éclat, resté célèbre dans les annales du 75e anniversaire. Alors que le président, Rolf Aebersold allait conclure l’Assemblée générale du 11 septembre 1997:

«"in einer vorbereiteten Spontanrede" schlägt Dr. Hugo Hungerbühler vor, den abtretenden Präsidenten Dr. Rolf Aebersold aufgrund seiner Verdienste zum Ehrenpräsidenten des VSA zu ernennen. Diesem Antrag folgt die Versammlung mit stehendem Applaus».

Dans cette galerie de portraits, les noms de collègues décédés en fonction sont à relever pour tout ce qu’ils ont apporté au rayonnement de la société, caractérisé selon mes contacts avec chacun d’entre eux:

  • Fritz Lendenmann (StadtAZH), 1949-2000: «Un archiviste animé par la vision nationale et la vision internationale»
  • Gérald Arlettaz (AFS/BAR), 1948-2008: «La conscience historienne de la profession»
  • Willi Studach (StAOW), 1952-2018: «La force tranquille et dévouée»
  • Johanna Gisler (WWZ-Bibliothek/SWA), 1955-2011: «Elle pouvait encore tant apporter à l’AAS!»
  • Cristina Bianchi (AC Pully), 1957-2017: «Quand l’archivistique se conjugue à tous les niveaux et dans les différents environnements professionnels»
  • Fabienne Chuat (AV Lausanne), 1967-2018: «Bel exemple de la réussite de l’enseignement de l’Ecole supérieure d’information documentaire de Genève»

Il faut ajouter le nom de Josef Zwicker (StABS), 1944-2017, «L’homme de tous les débats professionnels», jusqu’à sa retraite en 2007 et au delà!».

L’Assemblée générale: elle innove

Sans déroger au principe de se tenir en septembre de chaque année (détails dans Tableau 2), l’Assemblée générale de Porrentruy de 2015 a modifié ses pratiques. La seconde journée n’est plus une journée récréative organisée autour de visites du canton hôte; elle est désormais une journée professionnelle, celle-ci intervenant habituellement jusqu’alors en mai. Le succès de la fréquentation de la nouvelle formule a conduit ses initiateurs à la maintenir.

La question de ce changement avait été déjà abordée dans les années 1980, sans succès. En effet, lors de l’Assemblée de Saint-Gall, du 13 septembre 1989, la majorité des membres a préféré la convivialité à une posture plus scientifique ou professionnelle.

La République et Canton du Jura, le dernier-né des états membres de la Confédération (1978) a été l'ultime canton à accueillir une assemblée générale, encore au XXe siècle, en 2000. Il faudra attendre 1998 pour que le chef-lieu du canton du Tessin, Bellinzone soit le lieu de l’Assemblée générale, à la place de Lugano qui l’avait reçue en septembre 1924 et septembre 1976. Depuis, l’AAS a tenu une nouvelle assemblée à Porrentruy, en 2015, et à Bellinzone, en 2022.

Assemblée générale à Lausanne en 2014
© Olivier Rubin, ACV

Pour la première fois de son histoire, l’AAS, pourtant fondée par le directeur des Archives cantonales de Nidwald, Robert Durrer (1867-1934), a siégé, en 1999, à Stans. Et que dire d’Appenzell Rhodes-Intérieures, visité une nouvelle fois par les archivistes suisses, le 15 septembre 2016, 59 ans après leur première venue, le 22 juin 1957? L’Assemblée générale de Zoug de l’année commémorative est la seule à s’être déroulée sur trois jours continus.

La pandémie de dimension planétaire qui surgit de manière inopinée dans les premières semaines 2020, oblige, pour la première fois, la tenue d’une assemblée en ligne en septembre 2020. Alternant des périodes de fermeture stricte et d’ouverture partielle, entre mars 2020 et février 2021, l’AAS voit ses activités perturbées ou différées. Elle doit produire un plan de prévention COVID pour ses échanges en présentiel. Elle a démontré une grande force d’adaptation de ses pratiques et a empêché une rupture dans la continuité de ses assemblées générales.

C’est seulement lors de l’Assemblée générale de Berne, les 25 et 26 septembre 1980, que des représentants des sociétés d’archivistes des pays voisins sont représentées. Jusqu’alors, l’invitation s’arrêtait le plus souvent au président de l’Association des bibliothécaires suisses. Depuis, les échanges de représentants avec les sociétés d’Allemagne, d’Autriche et de France – l’Italie demeure la grande oubliée! – ont été intensifiés et se poursuivent aujourd’hui.

Le Comité: il se féminise

Selon les statuts, le comité est formé de cinq à onze membres. C’est le chiffre dix que les comités successifs ont privilégié, s’en tenant occasionnellement à 11 membres (détails dans Tableau 3).

La féminisation des membres du comité est affirmée dès 1998-2001, avec la nomination de trois femmes, chiffre que l’on retrouve 25 ans plus tard. La parité est presque atteinte durant la période 2016-2019, avec la présence de cinq femmes dont une, Claudia Engler, dans la fonction de présidente. Les quatre mutations intervenues au sein du comité, en 2014 et 2015, ont respecté les critères de répartition mis en place pour les personnes démissionnaires.

Un retour dans l’histoire est utile pour mesurer, même si elle est encore insuffisante, l’évolution des esprits dans une profession, souvent jugée traditionaliste.

En 1918, Jeanne Niquille (1894-1970), obtient brillamment le doctorat ès lettres de la Faculté des lettres de l’Université de Fribourg. Elle est engagée, l’année suivante, comme «aide aux Archives de l’Etat de Fribourg». Les autorités de tutelle lui refusent le titre d’archiviste d’Etat en 1934 au profit de celui d’archiviste de la section historique qu’elle portera jusqu’à sa retraite, le 30 septembre 1957, pour la distinguer de son collègue masculin, Georges Corpataux (1892-1972), archiviste de la section administrative (1934-1963).

Selon un questionnaire établi par les Archives fédérales en 1962 et adressé alors à 23 Archives cantonales, à 6 Archives communales ainsi qu'aux Archives économiques suisses et aux Archives sociales, on dénombrait dans le personnel scientifique 57 hommes et 2 femmes dans le personnel scientifique, 59 hommes et 16 femmes dans les services intermédiaires.

Lors de l’Assemblée générale de Bâle des 15 et 16 septembre 1983, la photographie prise devant le bâtiment des Archives fixe pour la postérité les participants, au nombre de 88. Elle est publiée dans les Nouvelles de l’AAS de 19841, entre les pages 26 et 27. Seuls treize visages de femmes dont celui d’une invité étrangère apparaissent; il s’agit dans l’ordre de leur identification: Barbara Roth (AEG), Chantal Fournier (Archives de l’Ancien Evêché de Bâle), Catherine Santschi (AEG), Anne-Marie Häusler-Dubler (autrefois StABS et LU), Gertrud Buttler-Elberterg (StadAWiener Neustadt), Verena Jacobi (StATH), Hedy Tschümi-Häfliger (StABS), Trudi Aeschlimann (Burgerarchiv, Burgdorf), Ursula Jecklin-Schmid (StadtAChur), Wiborada Hildebrand (Archiv der Schwestern von Hl. Kreuz), Renate Riedl (WA Sandoz, Basel), Mathé Piroska (StAAG) et Charlotte Steiger (StABS).

60. Jahresversammlung des VSA 15./16. September 1983 in Basel
StABS (cote: DI-REG 6d 5-2 (1) 1)
Légende de la photographie de l'AG à Bâle en 1983
Nouvelles de l'AAS, 1984

Entre 2006 et 2013, Maria Pia Maissen, archiviste de la Ville de Zurich, assume la présidence de l’AAS. Elle est la première archiviste de Ville à occuper la fonction, et la deuxième femme à conduire les destinées de l’association, après Laurette Wettstein (ACV, 1933-2020), entre 1974 et 1978. Pour les six années suivantes, Claudia Engler, directrice de la Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne, lui succède et s’emploie, comme sa collègue, à promouvoir l’audience de l’AAS et à renforcer la professionnalisation de son fonctionnement.

Ces deux nominations reflètent l’arrivée aux fonctions de direction des Archives cantonales, pour nous tenir qu’à elles – le mouvement est encore plus marqué au niveau des Archives communales –, de plusieurs femmes, sous les effets des nouvelles filières de formation et des mouvements féministes.

Ainsi, Andrea Voellmin succède en 1999 à Roman W. Brüschweiler (1934-2017), à la tête des Archives d’Etat d’Argovie. Cas exceptionnel au niveau national, elle cumule depuis 2016 la direction de la Bibliothèque et des Archives d’Argovie. Depuis le 1er novembre 2007, Esther Baur a repris la direction des Archives d’Etat du canton de Bâle-Ville, de Josef Zwicker. Barbara Studer Immenhauser en fera de même, le 1er avril 2012, pour les Archives de l’Etat de Berne, son prédécesseur étant Peter Martig. Jutta Hafner devient la nouvelle archiviste cantonale d’Appenzell Rhodes-Extérieures, le 1er mars 2017, au moment où Peter Witschi prend sa retraite.

Regula Nebiker, à la tête des Archives d’Etat de Bâle-Campagne, durant vingt ans jusqu’au 31 mars 2021 – son arrivée fait suite à la démission de Mathias Manz-Tanner –, cède sa place à Jeannette Rauschert. Delphine Friedmann remplace Gilbert Coutaz, depuis le 1er juillet 2019, aux Archives cantonales vaudoises. A l’instar de celle des Archives de Bâle-Campagne, la succession se fait entre deux femmes dans deux autres institutions: Natalie Lorenz hérite de Dorothée Platz, le 1er janvier 2022, du poste de directrice de la Principauté du Liechtenstein. Le 1er mai 2022, Andrea Wild devient la nouvelle Archiviste de la Ville de Zurich, Anna Pia Maissen ayant pris sa retraite, le 28 février 2022.

Le 1er septembre 2007, Pierre Flückiger succède, aux Archives d’Etat de Genève, à Catherine Santschi, en charge de la fonction depuis 1981 à la suite du départ pour limite d’âge de Walter Zurbuchen (1916-1989). Ce mouvement qui pourrait d’avérer contraire est compensé par le fait que sur les neuf postes d’archiviste, cinq sont occupés par des femmes, celui d’archiviste adjointe étant assumé par Anouk Dunant Gonzenbach.

La nomination d’Andreas Kellerhals, le 13 novembre 2001, lors de l’Assemblée générale de Genève, marque la fin d’un tabou. Jusqu’alors, seuls des directeurs ou des membres d’Archives cantonales étaient choisis pour diriger l’AAS. Pour l’avoir vécu personnellement, il a fallu constater qu’aucun archiviste cantonal n’entendait faire le pas, au début des années 2000. La candidature «fédérale» fit consensus. C’est en cours de mandat que le nouvel élu est devenu, le 1er novembre 2004, directeur des Archives fédérales.

Avec la nomination d’Alain Dubois, le 12 septembre 2019, comme nouveau président, l’AAS a renoué avec une tradition appelée à l’évidence à être discutée ces prochaines années.

Le Comité de l'AAS lors de l'Assemblée générale à Bellinzone en 2021
© Tosi-Photography

Le secrétariat permanent: le passage obligé de la professionnalisation

Le 1er janvier 1998, le secrétariat permanent est installé officiellement à Berne (Brunngasse 60, Postfach, CH-3000 Bern 8). Il est alors dirigé par Silvia Muller qui travaille déjà pour l’Association suisse de conservation et restauration.

Lui succédera, le 1er avril 2010, le Büro Pontri GmbH (Solothurnstrasse 13, Postfach, 3322 Urtenen-Schönbühl). Dix kilomètres séparent l’ancien et le nouveau partenaire administratif.

Le pourcentage d’activité a évolué en une vingtaine d’années. Il est de 15 à 20% à l’origine. En 2002, le comité souhaitait déjà pouvoir compter sur l’appui d’un secrétariat à mi-temps. La réalité comptable a empêché la concrétisation d’un tel objectif. Depuis, le montant annuel alloué au secrétariat a suivi une courbe ascendante relativement lente. De CHF 20'000.- au début, il passe à CHF 30'000.- dès 2003, puis à CHF 50'000.- dès 2013 et à CHF 60'000.- dès 2020. Le détail des coûts est donné ci-après pour les années 2011 et 2020.

Rubriques

2011

2020

Sekretariat/Webmaster

44'712.40

51'903.00

Büromaterial/Drucksachen

2740.60

4933.95

Gestaltung/Drucksachen

.-

.-

Telefon/Internet

635.75

2'022.70

Porti, PC, Bank-Spesen

3'529.59

3'041.48

EDV

296.00

273.00

TOTAL AUFWAND

51'914.34

62’174.13

Si la force bénévole demeure une obligation pour le fonctionnement de l’AAS et devra le rester, même si le budget permettait de tout financer, son poids a diminué d’autant que des reports de charges ont pu être transférés au secrétariat permanent. A la fin des années 1990, environ 90 personnes sur 270 membres individuels œuvraient au sein des structures de l’AAS, soit 1/3 des effectifs. En 2012, elles sont une centaine sur 579 membres. Aujourd’hui, cette proportion est tombée en dessous de 15%.

Histoire de l'AAS (1997-2022)

Coutaz Gilbert 2016

Gilbert Coutaz

Gilbert Coutaz a été directeur des Archives cantonales vaudoises de 1995 à 2019. Il a présidé l’Association des archivistes suisses entre 1997 et 2001, après avoir été membre du Comité directeur de la Section des Associations professionnelles d’archivistes du Conseil international des archives entre 1992 et 2000. Pour ses mérites, l'AAS l'a nommé membre honoraire en 2020.

Membre de plusieurs comités de sociétés d’histoire, il est à l’origine en 1998 de Réseau-PatrimoineS Association pour le patrimoine naturel et culturel du canton de Vaud, en 2004 de COSADOCA (Consortium de sauvetage documentaire en cas de catastrophe), et en 2011 de Mnémo-Pôle.

Entre 2006 et 2014, il a enseigné l’archivistique aux Universités de Berne et de Lausanne dans le cadre du Master of Advanced Studies in Archival, Library and Information Science (MAS ALIS). Il est notamment l’auteur de Archives en Suisse. Conserver la mémoire à l’ère numérique paru en 2016.

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Une association, ce sont d’abord des membres individuels et collectifs qui forment l’Assemblée générale, souveraine. Elle s’appuie sur un Comité dont il faut souligner la féminisation entre 1997 et 2022 et un Secrétariat permanent dont le taux d’activité a augmenté progressivement.

Ein Verein besteht in erster Linie aus Einzel- und Kollektivmitgliedern, die die souveräne Generalversammlung bilden. Er stützt sich auf einen Vorstand, dessen Feminisierung zwischen 1997 und 2022 hervorgehoben werden darf, und auf ein ständiges Sekretariat, dessen Beschäftigungsquote schrittweise gestiegen ist.