Commentaires Résumé
2015/3 GLAM et Wikimedia

Trouver chaussure à son pied: Wikimédia Commons pour valoriser la collection du Musée de la chaussure

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En février 2015, le Musée de la chaussure à Lausanne et le wikimédien Rama ont mis en ligne 350 images de souliers sur la médiathèque libre Wikimédia Commons, ceci afin de valoriser les collections du musée et favoriser le partage et l’échange de connaissances.

Le Musée de la chaussure



Avec un peu moins de 12 m2 de surface d’exposition, le Musée de la chaussure à Lausanne est probablement le plus petit musée visitable de Suisse. Il présente 5 000 ans d’histoire de la chaussure, à voir et à toucher. La collection est composée de reproductions fidèles d’originaux connus par l’étude et l’analyse scientifique de vestiges archéologiques.

Ce musée atypique, dans une arcade avec pignon sur rue, s’est créé en 2003. Il est issu du centre de recherche de calcéologie et cuirs ancien Gentrle Craft, alors actif depuis dix ans dans le domaine de la conservation et de la documentation de chaussures et objets en cuir provenant des découvertes archéologiques, en Suisse comme à l’étranger.

Avec la chaussure, nous avons affaire à un objet de courte durée de vie, soumis à une constante évolution des modes et des techniques de fabrication. Elle devient ainsi chrono-sensible, ce qui permet des datations précises utiles à toutes les disciplines de la recherche sur le passé, comme l’archéologie, l’histoire, l’ethnographie, l’histoire de l’art et des costumes, et bien d’autres. Le matériel de comparaison mis à la disposition de la recherche contribue ainsi activement au savoir collectif.

À quoi sert un musée?



L’échange d’information est l’un des piliers du monde scientifique, où l’on cherche bien plus à se tenir au courant des derniers développements et les faire connaître qu’à monétariser le savoir. Cet échange de connaissances est la source même du progrès humain. Dans les domaines historique et archéologique, nous avons affaire à un patrimoine, c’est-à-dire, par définition, à un bien public. Il y a donc devoir de partage. Selon le code déontologique du Conseil international des musées (ICOM), les musées assurent la protection, la documentation et la promotion du patrimoine.

Pourtant, les formes de diffusion classiques sont inaccessibles pour un petit musée avec un budget très faible et sans aucun soutien des deniers publics: imprimer et diffuser des prospectus et des catalogues suppose des dépenses alors impossibles. Tout un trésor patrimonial se trouve ainsi condamné à une certaine obscurité sans l’existence des plate-formes numériques qui offrent un moyen de diffusion mondial et gratuit, avec une facilité d’accès incomparable.

Afin de promouvoir son patrimoine, le Musée de la chaussure a donc décidé d’investir les espaces virtuels: il a créé une page Internet1 afin de présenter le musée et son activité (en quelque sorte la plaquette de l’institut) et communique avec les passionnés via des plate-formes participatives (comme le réseau social Facebook2ou la chaîne Youtube3) pour raconter le feuilleton des recherches et reproductions en cours.

Le libre accès garantit une visibilité mondiale et immédiate, et les contenus peuvent se copier à travers les réseaux des communautés les plus diverses, y compris pour s’utiliser dans des publications et mémoires. Cette visibilité et l’augmentation du rayonnement qui en découle sont indispensables à une institution à but non lucratif à la recherche de soutiens. Grâce aux technologiques numériques, certains savoirs peuvent s’émanciper des circuits de diffusion commerciaux en les rendant libres et garantissant la fluidité des échanges.

Mise en ligne des collections sur Wikimédia Commons



La promotion de ce patrimoine semblait incomplète sans un catalogue en ligne. Toutefois, comme la base de données dédiée nécessaire était trop coûteuse, gourmande en temps et complexe à mettre sur pied, photographier les pièces et les mettre en ligne sur Wikimédia Commons était la solution parfaite pour pallier ces difficultés.

Au Musée de la chaussure, l’offre en est venue spontanément du contributeur Rama, qui a réalisé les clichés et les a publiés sur Wikimédia Commons. Cette plate-forme gratuite offre une architecture informatique fiable, stable et constamment mise à jour; de plus, les données sont maintenant à l’abri sur un système de serveurs qui resterait accessible même en cas de perte totale du système informatique de l’institut.

La mise en ligne de la collection du Musée de la chaussure sur Wikimédia Commons est d’abord motivée par une demande croissante d’informations, notamment dans les domaines de la recherche archéologique, historique et histoire de l’art – les films ou pièces de théâtre à caractère historique ou les scènes de reconstitutions historiques sont de plus en plus en vogue – ou comme source d’inspiration pour les créateurs de la mode.




Des collections exploitées pour la reconstitution ...



Parmi les domaines demandeur d’informations, la reconstitution historique est très en vogue: il s’agit d’un mouvement culturel actif et participatif qui dépasse les frontières nationales. Il se compose de nombreux passionnés qui remettent le passé en scène, peaufinant costumes et accessoires dont l’authenticité est source de prestige et de fierté. Ainsi serait-il aujourd’hui possible de mobiliser une armée de guerriers d’ères les plus diverses, tous en costume et équipement d’époque. Pour donner un ordre de grandeur, la reconstitution de la bataille de Waterloo a réuni plus de 5 000 participants en uniformes historiques des différentes armées, y compris la cavalerie, l’artillerie, les campements et une masse d’accessoires et équipements divers. Pour la majorité de ces voyageurs temporels, le but de l’activité est d’assembler et de fabriquer soi-même son équipement, de la façon la plus fidèle à l’original que possible; se pavaner entre passionnés durant un week-end prolongé n’est que la cerise sur le gâteau. En offrant une source d’informations fiable, ce sont des millions de passionnés que l’on touche dans le monde entier.

La mise à disposition de ressources à l’authenticité garantie vise aussi à éviter l’erreur patente: par exemple, le film Gladiator, censé représenter la Rome antique, montre un protagoniste principal chaussé de Doc Martens (créées en 1947) maladroitement modifiées; pour faire mieux, les accessoiristes auraient dû se référer aux publications limitées d’une presse spécialisée obscure, cachées dans les méandres de bibliothèques.

Par contraste, l’accès aux ressources par simple mots-clefs, sur une plateforme constamment entretenue et mise à jour, est un progrès appréciable pour les costumiers du septième art et pour la création artistique en général.

... ou pour la mode




Divers domaines créatifs comme l’écriture, l’image, la musique ou les inventions techniques cherchent à protéger leurs intérêts par la législation du copyright ou du droit d’auteur, ce qui suscite un système de licences compliqué et parfois opaque. Dans le monde de la mode, la protection de la propriété intellectuelle fonctionne différemment: c’est le droit des marques qui fournit l’essentiel de la protection, tandis que les vêtements et accessoires relèvent du design industriel et de l’artisanat.

Que tout le monde puisse s’inspirer et copier des créations constitue un moteur de créativité et d’innovation continue: un créateur de mode ne peut se reposer sur ses lauriers, au risque de se faire rattraper par une concurrence vorace. Or, en chiffre d’affaire global, ce secteur domine – dépassant de loin les secteurs de la littérature, film, musique et arts visuels réunis. Exemple d’inspiration historique, les sandales et spartiates à la mode depuis quelques étés plongent leurs racines dans l’Antiquité: on y reconnaît parfaitement des coupes et modèles vieux de deux mille ans.

De manière oblique, et sans que cela ne constitue son but spécifique, la collection en ligne du Musée de la chaussure contribue ainsi à inspirer toute une branche industrielle, créatrice d’emplois et de richesses, sans pour autant en tirer un profit direct.

Offrir gratuitement à des tiers le fruit d’un long travail pour qu’ils en fassent des affaires lucratives peut sembler incongru à première vue, mais se justifie à deux titres: d’abord par l’idéal du patrimoine culturel et par le besoin de partager un bien commun,en second lieu par la réalité des questions juridiques. Devant l’impossibilité pratique de supporter les frais d’un litige en cas de plagiat, le meilleur moyen de s’assurer d’être à l’origine d’une information est de la rendre publique avant les autres.

La Convention de Berne pour la protection des oeuvres littéraires et artistiques révisée à Paris le 24 juillet 1971 accorde une exception qui permet de réutiliser librement un matériel dans certains cas, notamment d’intérêt éducatif, pour autant que la source soit citée. Les licences Creative Commons peuvent s’interpréter comme une extension de ce principe, où l’auteur consent librement à accorder aux utilisateurs certains droits, choisis parmi un éventail possible, à la condition que l’auteur et la licence soient mentionnés à chaque réutilisation. Le but est d’encourager l’échange d’informations, tout en offrant un cadre légal formel qui permette de contester d’éventuels abus.

Les bénéfices de Wikimédia Commons sont particulièrement attractifs pour un petit institut aux moyens très limités: le site permet la diffusion et le partage gratuits à l’échelle mondiale, avec une certaine garantie de fiabilité des logiciels, et en offrant de plus le cadre juridique des licences libres Creative Commons. Donnant au Musée de la chaussure une visibilité comparable à celle des grandes institutions publiques, Wikimédia Commons participe à horizontaliser le partage des connaissances et à libérer un flux de données auparavant difficilement accessible.


Le logo du musée est une illustration d’un ouvrage de pièces racontant des histoires de cordonniers: Delony, Thomas, The Pleasant History of the Gentle Craft, 1648. L’art de la cordonnerie y étant décrite comme l’artisanat gentil ou «Gentle Craft».

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Serge Volken

Serge Volken dirige le Musée de la chaussure. Son épouse, Dr. Marquita Volken, est l’instigatricevéritable de la collection et grande spécialiste en calcéologie. Il dit souvent en

plaisantant qu’elle est la déesse des chaussures

anciennes, alors que lui n’est que le grand prêtre.



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[Rama] [Neko]

Administrateur et Oversight de Wikimedia Commons.

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2015 lädt das Schuhmuseum Lausanne 350 Bilder seiner Sammlung auf Wikimedia Commons. Die kleine Privatinstitution mit beschränkten Ressourcen benutzt ganz gezielt freie Onlinetools, um ihre Sammlung aufzuwerten. Der Wikipedianer Rama hat die Sammlung fotografiert und in der Datenbank Wikimedia Commons für die ganze Welt zugänglich gemacht. Die Benutzung des Datenbanks ist vielfältig und weitreichend, vom historischen Reenactment bis zur Modekreation.