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2025/ Eintrag 188720

Réseaux sociaux : les fonds familiaux d’aujourd’hui et demain ?

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Autrefois, les souvenirs familiaux se conservaient sous forme de lettres, de cartes postales ou de photographies. Aujourd’hui, cette mémoire s’est en grande partie déplacée vers le numérique. En l’espace de quelques années, les réseaux sociaux sont devenus les nouveaux lieux d’échange et de mémoire. Mais une question se pose : sommes-nous capables de préserver ces traces numériques avec la même durabilité que les archives familiales d’autrefois ?

Les archives familiales et les réseaux sociaux

Le terme « archives familiales », à l'ère des réseaux sociaux, prend une nouvelle dimension. Lorsque l’on mentionne des fonds d’archives familiales, ce sont généralement des objets physiques qui viennent à l’esprit, tels que des photos imprimées, des lettres, des albums ou des objets hérités, qui racontaient l’histoire d’une famille à travers les générations, en somme des témoignages tangibles d’un patrimoine familial.

Aujourd'hui, avec l'essor des réseaux sociaux, les archives familiales sont de plus en plus numériques. Les photos, vidéos, messages et autres souvenirs partagés sur des plateformes comme Facebook, Instagram ou WhatsApp1 deviennent les nouveaux « témoignages » de la vie d'une famille. Les réseaux sociaux permettent non seulement de documenter des événements en temps réel, mais aussi de les rendre accessibles à un large cercle de famille et d'amis, souvent à travers des albums partagés, des groupes ou des fils de discussion.

Avec cette nouvelle dimension, les archives familiales sur les réseaux sociaux ne se limitent pas simplement à la préservation des souvenirs, mais incluent aussi une forme d’interaction dynamique : les commentaires, les likes, les partages et les souvenirs virtuels qui, au fil du temps, construisent un récit vivant et collectif.

Cette évolution pose des questions sur la pérennité et la confidentialité de ces archives numériques. Contrairement aux documents physiques, les archives sur les réseaux sociaux sont habituellement soumises à des changements de plateformes, de politiques de confidentialité, voire de pertes de données. En outre, elles peuvent être partagées ou exposées à des publics bien plus larges, ce qui modifie la manière dont la famille choisit de gérer son histoire.

La nature ambivalente des réseaux sociaux

Les données postées sur les réseaux sociaux, tous formats confondus, sont généralement régies par les conditions générales des plateformes. Dans la plupart des cas, les utilisateurs « cèdent » une partie de leurs droits sur ces données, puisque les plateformes en deviennent les détenteurs, tout en accordant aux utilisateurs un droit d’accès et de modification. Les souvenirs numériques partagés en ligne n’appartiennent pas pleinement aux utilisateurs.

Il est important de se poser la question de la transformation des données lorsqu'elles sont partagées sur un réseau social. Au moment où un utilisateur publie du contenu, celui-ci devient partie intégrante d'un environnement plus vaste : il interagit avec d’autres contenus, il fait partie d’un flux temporel et devient, une nouvelle forme de mémoire collective.

L’archivage de ces données à long terme

Contrairement à leurs équivalents physiques, qui peuvent être conservés pendant plusieurs siècles selon les conditions et les méthodes de préservation (comme les parchemins ou les registres paroissiaux dans les archives), les documents numériques sont confrontés à des contraintes supplémentaires, tant en termes de conservation que d'accès. Il est crucial de maintenir une veille continue des évolutions technologiques et d’effectuer régulièrement des migrations de formats pour garantir l'accès aux documents, tout en minimisant les risques de perte d'information.2

Au-delà de la simple conservation des données, il est essentiel de préserver le contexte de leur publication (dates, lieux, interactions) pour en assurer la compréhension future.3 Les plateformes pourraient intégrer ces métadonnées, avec le soutien d’archivistes et de chercheurs, afin de créer un véritable cadre historique du numérique.

Nécessité d'une approche collaborative pour la conservation de ces données 

Aujourd’hui, certaines solutions de sauvegarde existent, souvent associées à la prévoyance funéraire, laissant aux utilisateurs la charge de trier eux-mêmes les données qu’ils souhaitent transmettre. Cette « nouvelle identité » des données soulève ainsi des interrogations sur la nature même de leur conservation. Une fois publiées, ces données relèvent-elles encore de la mémoire individuelle, ou doivent-elles être perçues comme faisant partie d’une mémoire collective partagée ? Si l’on opte pour cette seconde approche, la responsabilité de leur conservation ne devrait-elle pas être assumée collectivement par les utilisateurs eux-mêmes, avec le soutien des services d’archives, plutôt que laissée à la seule initiative des plateformes commerciales ?

Dans cette nouvelle approche, le rôle de l’archiviste demeure central : il doit accompagner ces dynamiques émergentes, tout en restant vigilant face aux évolutions technologiques et aux outils innovants permettant d’assurer la pérennité des archives numériques. La réflexion sur le fait d’intégrer les réseaux sociaux dans une valeur patrimoniale permettrait de préserver ces traces numériques sur le long terme. De la même manière que les recherches de documents d'archives, la capacité à conserver les médias sociaux offrirait aux générations futures une vision de la mémoire collective d’une société à un moment donné.4

Venissia Le Sommer

Venissia Le Sommer

Venissia Le Sommer a obtenu son Bachelor en 2023 à la Haute École de Gestion de Genève. Depuis la même année, elle travaille comme archiviste chez Passeurs d'Archives. Avant cela, elle a exercé en tant qu'agente en information documentaire aux Archives de Montreux. Elle a également collaboré avec le Musée de la Chaussure à Lausanne pour la mise en place d'une base de données dédiée à l'inventaire de leur collection.

  • 1 Statista, « Classement des réseaux sociaux les plus populaires dans le monde en janvier 2025, selon le nombre d'utilisateurs actifs »[en ligne], 2025, (Consulté le 19.06.2025).
  • 2 Banat-Berger, Françoise, Duplouy, Laurent et Huc, Claude. L’archivage numérique à long terme : les débuts de la maturité ?Paris : la Documentation française. Manuels et guides pratiques. 2009.
  • 3 Niels Brügger, The Archived Web. Doing History in the Digital Age,Cambridge, MA, The MIT Press, 2018.
  • 4 Le Sommer, Venissia. Gestion des traces numériques laissées après la mort des utilisateurs. Carouge, Haute École de Gestion de Genève, 2023. https://sonar.rero.ch/global/documents/326927

Abstract

Les archives familiales, autrefois physiques, deviennent numériques avec les réseaux sociaux. Photos, messages ou vidéos partagés en ligne constituent une mémoire collective vivante, mais fragile. Leur conservation dépend des plateformes, soulevant des enjeux de pérennité, de confidentialité et de droit. Une approche collaborative, guidée par les archivistes, semble essentielle pour préserver ce patrimoine numérique.

Während Familienarchive früher meist aus materiellen Unterlagen bestanden, werden sie durch die sozialen Medien zunehmend digitaler. Digitale Fotos, Nachrichten oder Videos, die online geteilt werden, bilden eine lebendige, jedoch fragile kollektive Erinnerung. Ihre Erhaltung hängt von den Plattformen ab, was Fragen der Nachhaltigkeit, der Vertraulichkeit und des Rechts aufwirft. Für die Erhaltung dieses digitalen Erbes scheint eine von Archivar:innen geleitete kollaborative Herangehensweise unerlässlich zu sein.