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2025/ Eintrag 188720

Les archives de famille au sein des Archives de la Vie privée. Quelle histoire ?!

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Depuis leur création en 1994, Les Archives de la Vie Privée ont récolté plus de 350 fonds privés parmi lesquels nombreux sont ceux qui comprennent des documents personnels relatifs à plusieurs membres d’une même famille constituant ainsi des archives familiales. De quels types de documents s’agit-il ? Et quelle(s) histoire(s) ces archives permettent-elles d’écrire ?

La majorité des versements effectués aux Archives de la Vie privée (AVP) contiennent des papiers de famille. Ces documents émanent généralement de familles traditionnelles au regard des normes sociales de leur époque, soit « un groupe de parenté conjugale vivant dans la même maison. La plupart du temps cela signifie des parents et des enfants, embrassant parfois plusieurs générations »1

La diversité des archives conservées multiplie la configuration des liens familiaux représentés : couple marié avec ou sans enfant, fratrie et ses cousins, plusieurs générations d’une même branche familiale et familles alliées. Il faut relever que la famille recomposée, dans son sens récent, n’est pour l’instant pas documentée dans les archives de notre association. En revanche, le concubinage d’une personne peut expliquer la présence de papiers de famille « non alliée » jusqu’alors conservés par le /la partenaire.

Quelles sources contiennent donc ces archives de famille ?

De l’acte officiel aux papiers personnels

Parmi les différentes catégories de documents conservés, on trouve souvent des papiers qui témoignent de la filiation et des origines des membres d’une famille : actes de l’Etat civil, livret de famille, acte d’origine, naturalisation, passeports, etc.

2017 8 faire part mariage Semadeni Levrat

Ces actes officiels se voient parfois accompagnés d’archives documentant la scolarité (cahiers d’école, livrets scolaires, diplôme) et la formation (certificats d’apprentissage, programmes et notes de cours), les activités professionnelles (fiches de salaire, attestations de travail), les loisirs, les vacances et les voyages, la santé, la religion, les relations familiales (correspondance), la vie intime (journaux, lettres d’amour) d’un ou plusieurs membres, sans oublier la propriété (actes, plans et dessins). A cette production textuelle, il faut ajouter l’album de photographies contenant uniquement des portraits effectués en studio, ou, offrant une alternance entre portraits, activités en famille (repas, mariage, anniversaire, Noël, loisirs), intérieurs de propriété.

2017 8 Arnold et Marie Semadeni ca1885

Enfin, la présence de généalogies et/ou de notices sur l’histoire de la famille demeurent le graal pour contextualiser partie voire l’ensemble des documents.

Il faut toutefois relever que peu de fonds des AVP répondent à une telle exhaustivité et hétérogénéité de documents. La disparité quantitative d’archives de familles parmi les fonds traduit assez bien la diversité d’approches et de choix auxquels sont confrontés à un moment donné le(s) dépositaires ou héritiers d’archives de famille. Car comment expliquer l’unique présence d’un livret de famille dans tel fonds alors qu’un autre cumule actes d’état civil, correspondance et papiers de plusieurs membres de la famille ?

Eliminer, transmettre ou conserver ?

En mai 2005, à Neuchâtel, dans un colloque sur la correspondance familiale en Suisse romande, Barbara Roth-Lochner, rappelait qu’une des principales conditions favorables à la constitution d’archives de familles était « la place, tout simplement ».2 Effectivement, nombreuses sont les maisons familiales ou appartements où se sont accumulées les archives de plusieurs générations d’une même famille. Et de fait, les versements les plus volumineux nous sont parvenus lors de vente de propriété ou de déménagement, ces départs ayant incité les gardiens attitrés des archives ou leurs descendants à les donner à une institution patrimoniale.

Plus récemment, Michael Piggot, archiviste à la retraite, évoquait sa propre expérience sur les archives familiales dont il a hérité à la mort de ses parents. Ses réflexions portent principalement sur les trois options auxquelles sont confrontées les familles devant s’occuper de leurs archives, « cull, keep, deprivatize » : trier et éliminer ; conserver les archives au sein de la famille ; verser les papiers à des archives ou autres institutions patrimoniales (avec la notion de « déprivatiser»  les documents hors du cercle familial). Piggot décrit également les facteurs psychologiques et/ou affectifs qui peuvent conditionner certains choix sur la conservation de ces archives. 3

Les archives de famille que les AVP reçoivent résultent souvent d’une combinaison des trois options évoquées par Piggot. Et des donateurs nous confient souvent avoir conservé quelques photographies ou lettres auxquelles ils demeurent encore attachés. Tensions familiales, divorces, éloignement géographique des membres, déménagements, manque de place, charge émotionnelle, désintérêt de la descendance, etc. sont également des facteurs qui façonnent la constitution d’archives de famille, leur sauvegarde ou leur élimination partielle, et leur contenu au moment du don. Et quel archiviste ne s’est pas vu déclarer par un donateur « Nous avons déjà fait un tri et éliminé les papiers sans intérêt », en songeant stoïquement à la destruction (fantasmée ou parfois bien réelle) de sources d’informations.

Des sources, mais pour quelle(s) histoire(s)

Une fois les fonds accessibles, quel intérêt leur contenu revêt-il pour des historien.ne.s et autres chercheurs ?

Le contenu informatif des archives familiales ne se réduit pas uniquement à une dimension biographique documentant l’existence des membres de la famille présents dans un fonds. Correspondance familiale, comptabilité ménagère, agendas, albums photos constituent des sources pour « appréhender, pour une période historique, les mentalités, les cadres de vie ».4

Citons ici brièvement deux exemples de correspondance issus de nos fonds.

En premier, les courriers adressés par Désirée Koehn à ses enfants lorsqu’elle accompagne son époux, Edouard Koehn, alors associé de Patek Philippe et Cie, lors d’un voyage en Europe orientale en 1888. Outre la description du voyage dont l’arrivée à Rome de l’Empereur Guillaume II suscite l’envoi d’un télégramme, les anecdotes, les recommandations aux enfants accompagnées d’états d’âme de leur mère, ces lettres témoignent du circuit commercial effectué par l’associé de Patek Philippe. 

Cette correspondance, qui a donné lieu à une communication (2013) et un article (2014),5 est associée au Fonds Dériaz-Bonnet (1999-60), car Mina, une des filles du couple Koehn, a épousé Gédéon Dériaz et conservé les lettres remises aux AVP par ses descendants.

Notre deuxième exemple est le fonds Constance de Saugy (2015-13). Ce fonds contient essentiellement les lettres adressées par Augusta von Mitzlaff (1886-1972) à sa sœur Constance de Saugy (1884-1973) entre 1902 et 1970. 

Avant le versement de ce fonds aux AVP, une partie du corpus de lettres a fait l’objet d’un mémoire de Master à l’Université de Genève par Laure Piguet.6 Dans son introduction, l’auteure relève que les lettres permettent notamment d’étudier « le sens et la fonction de pratique culturelle qu’est l’échange épistolaire dans l’ensemble familial qui l’a produit, en l’occurrence ici un groupe de femmes appartenant à l’aristocratie suisse ».

Etant donné la période couverte par ce fonds, et le fait que Augusta von Mitzlaff habite principalement en Allemagne, on découvre que les deux conflits mondiaux y sont commentés avec intérêt.

Par ailleurs, les archives familiales demeurent des sources essentielles pour la constitution d’une histoire de famille, d’un membre de cette famille ou d’un domaine. Cas singulier dans nos collections, il faut signaler ici l’existence du Fonds Recherches généalogiques Meyer / Semadeni (2017-8) qui comprend les dossiers réunis par Madame Pauline Suter-Meyer lors de ses recherches pour établir la généalogie Meyer-Semadeni. Ces dossiers contiennent des actes de l’état civil, des actes de naturalisation, des retranscriptions d’actes officiels et des photocopies de papiers provenant de centres d’archives ainsi que de nombreuses notes de recherches manuscrites et datées. On y trouve également des pièces relatives à certains ancêtres et issues de ses archives de famille: des photographies, des lettres, un livret militaire, un manuscrit non daté d’Arnold Semadeni (« Ma manière de lutter contre la tuberculose »), etc. Tous ces documents sont complétés par la présence de guides pratiques et autres ouvrages destinés aux généalogistes, ainsi qu’un album généalogique « Notre famille » et un arbre généalogique d’ascendance, témoignant de l’engouement éditorial pour la généalogie.

Le fonds dans son ensemble illustre parfaitement l’entreprise de longue haleine que représente une recherche généalogique.

Conclusion

L’intérêt des archives de famille pour la fabrique de l’histoire n’est plus à démontrer. 

Les versements reçus aux AVP sont les fruits d’une transmission générationnelle de documents conservés jusqu’alors par souci identitaire, sentiment d’appartenance à une lignée, volonté de conserver la mémoire de ses ancêtres, fibre patrimoniale. Ces archives familiales s’incarnent sous une forme tangible.

Avec l’explosion du numérique, la surexposition d’informations personnelles sur les réseaux sociaux etc. la famille continuera-t-elle à constituer des archives et à en assumer la sauvegarde pour ensuite les transmettre aux générations futures ?

Francois Bos 2025

François Bos

Titulaire d’un Master en Histoire générale (Université de Genève), François Bos a rejoint les Archives de la Vie Privée en 2000.

  • 1 Tilly Louise A., Scott Joan W., Les femmes, le travail et la famille. Paris: Rivages, 1987, p.21.
  • 2 Roth-Lochner Barbara, « Correspondances familiales: le point de vue de l’archiviste », In Henry, Philippe et Jelmini, Jean-Pierre (éd.), La correspondance familiale en Suisse romande aux XVIIIe et XIXe siècles. Affectivité, sociabilité, réseaux. Neuchâtel : Editions Alphil, 2006, p. 17-28.
  • 3 Piggott Michael, « Family Archives, Fateful Options, Archivaria, n° 96, 2023, p.6-35.
  • 4 Zendani Dimopoulos Anne, « Les archives privées. Les archives personnelles et familiales », In Informationswisssenschaft : Theorie, Methode Und Praxis, 2014, p.105. 
  • 5 Ramelli Flavia, « Tribulations de voyage : chassé-croisé entre deux correspondances », In L’Histoire contemporaine et les écrits personnels en Suisse romande (XIXe-XXe siècles). Revue Historique Neuchâteloise, n° 1-2, 2014, p.96-101.
  • 6 Piguet Laure, Entre geste familial et récit de soi : les lettres d’Augusta de Pourtalès (1902-1918), Mémoire de Master en Histoire générale, [Genève], Université de Genève - Faculté des Lettres, janvier 2015.

Abstract

Ce texte évoque les principales sources que les archives de famille contiennent et les facteurs qui façonnent leur constitution au fil des générations. Il décrit aussi les raisons qui incitent le versement intégral ou partiel de ce patrimoine à une institution publique ou privée, comme les Archives de la Vie Privée. Quelques exemples illustrent les possibilités d’écriture historique qu’offrent certains de ces documents personnels et leur contribution à la fabrication d’une mémoire collective.

Der Text beschreibt die wichtigsten Quellen, die in Familienarchiven zu finden sind, sowie die Faktoren, die ihre Entstehung über Generationen hinweg beeinflussen. Er erläutert auch die Gründe, aus denen dieses Erbe ganz oder teilweise einer öffentlichen oder privaten Institution wie den «Archives de la Vie Privée» überlassen wird. Einige Beispiele veranschaulichen das Potential, die einige dieser persönlichen Dokumente für die Geschichtsschreibung bieten, und ihre Bedeutung für die Schaffung eines kollektiven Gedächtnisses.