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2020/ Abbild und Inszenierung der Gesellschaft

Pour une mémoire ordinaire de l’extraordinaire

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Si la pandémie de la Covid-19 et ses conséquences présentent un caractère « global », la manière dont les individus l’ont vécue, voire subie, est quant à elle plurielle : elle diffère, par exemple, suivant les lieux, les genres ou encore les positions sociales. Cette diversité d’expériences empêche la constitution d’une mémoire unique et doit être prise en compte dans l’élaboration des politiques d’archivage.

La construction d’une mémoire n’est jamais neutre : elle dépend notamment du périmètre de ces politiques. Les sciences sociales qui traitent du passé restent tributaires des traces qui ont été laissées par les contemporain.ne.s, puis conservées dans des fonds d’archives. Or, ces traces peuvent surreprésenter ou invisibiliser des groupes sociaux, suivant les méthodes de collecte choisies et les documents privilégiés. Les choix d’archivage orientent ainsi la manière de faire de l’histoire chez les historien.ne.s et pèsent sur la manière de se représenter le passé parmi les citoyen.ne.s. Afin de pouvoir élaborer un récit sur une période en cours, des consignations d’archives furent dès le XXe siècle contemporaines des évènements qu’elles étaient censées documenter.

Initiatives de collecte du temps présent

Pour ce qui est de la pandémie de la Covid-19, il est possible de s’inspirer des pratiques mises en places lors de précédents projets datant des années 2000-2010. Deux semaines après les attentats du World Trade Center en 2001, des archivistes, des bibliothécaires et des muséologues de la ville de New York ont, par exemple, créé le World Trade Center Documentation Task Force avec pour but de récolter divers artefacts – documents, témoignages ou encore photographies1. La richesse des fonds créés permet aujourd’hui d’approcher l’histoire de cet évènement sous de multiples angles historiographiques. Les attentats de Paris en 20152 et ceux de Bruxelles en 20163 ont également donné lieu à des projets de ce type. Les Archives de Paris et les Archives de la ville de Bruxelles ont ainsi pris l’initiative de récupérer et de numériser un grand nombre de messages déposés par la population dans des lieux d’hommages éphémères ; avec le but de construire une mémoire qui serait aisément accessible et consultable pour tout.e.s.

Ces récentes politiques d’archivages témoignent d’un plus grand intérêt pour l’histoire sociale et, plus particulièrement, pour « l’expérience humaine ». Les archives conservées comprennent moins de sources politiques, bureaucratiques ou diplomatiques, au profit de témoignages, d’éléments biographiques, de correspondances, de photographies ou de vidéos, issues directement des populations, notamment à l’aide des nouvelles technologies. Plus généralement, les méthodes de l’histoire du temps présent ont participé à questionner et analyser la place des attentats dans la mémoire collective.

Inspiration de l’histoire sociale

Dans cette même logique, l’histoire de la pandémie de la Covid-19 ne doit pas se réduire à une affaire de grands hommes et d’arbitrages politiques, ni au caractère sensationnel de l’évènement. L’enjeu est plutôt de contribuer à la construction d'une mémoire « ordinaire », inclusive et citoyenne de la pandémie. Pour cela, il est nécessaire de mettre en lumière les vies d’ordinaire invisibles, qui participent en réalité à la grande histoire des sociétés humaines. Dans les années qui viennent, il s’agira, d’une part, de donner la voix à celles et ceux qui gèrent la crise au quotidien, en soulignant notamment le rôle des femmes, qui constituent la majorité des personnes travaillant dans les services de santé, les services sociaux et la distribution. D’autre part, il faudra éclairer le vécu des populations, qui, suivant les configurations politiques, font face à l’arrêt de leur activité économique, à la généralisation du télétravail, ou bien, ont un accès limité aux biens de première nécessité.

Appel à constituer une mémoire citoyenne de la pandémie de la Covid-19

Ce sont ces réflexions que nous avons traduites dans une tribune publiée dans quatre média européens et francophones – Heidi News (Suisse), Le Soir (Belgique), Libération (France) et Luxemburger Wort (Luxembourg). Il s’agit d’un appel, d’abord, aux populations concernées, pour les inciter à donner des traces de leur quotidien à des centres d’archives spécialisés et les sensibiliser à l’importance des politiques d’archivage. Le texte interpelle également les pouvoirs publics et autres donateur.rice.s, sans qui les fonds d’archives ne pourront être constitués. La crise de la Covid-19 est une occasion d’exploiter les réflexions qui ont animées la recherche ces cinquante dernières années. Loin d’être l’objet d’une histoire confinée, l’histoire à venir de cette pandémie pourra éclairer d’autres phénomènes sociaux et nourrir une multitude de champs historiographiques, tels que l’histoire des solidarités et des politiques sociales, l’histoire des politiques publiques ou l’histoire des épidémies. Cette tribune a été signée par plus d’une centaine de professionnel.le.s : historien.ne.s, archivistes, muséologues, sociologues.

Initiatives de collecte de récits et témoignages de la pandémie de la Covid-19

Concernant la pandémie de la Covid-19, plusieurs projets commencent à voir le jour aux niveaux local, national et transnational. En France, des initiatives de documentation du confinement ont, par exemple, été entreprises par des musées ou des centres d’archives locaux, tels le MUCEM ou les Archives de la ville de Saint-Etienne. En Suisse, la plateforme Corona-Memory récolte des récits, des témoignages ou encore des réflexions sous le format de textes, d’images, d’audios et de vidéos. Quant à l’échelle transnationale, le défi collaboratif "Nos vitrines parlent à l'heure du confinement", lancée par Sarah Gensburger, collectionne des photographies pour construire un mémoire des quartiers. Nous espérons que la diversité de ces projets nourrira les récits historiques de cette période en retranscrivant la pluralité des expériences humaines.

Appel à constituer une mémoire citoyenne de la pandémie de la Covid-19

Ce sont ces réflexions que nous avons traduites dans une tribune publiée dans quatre média européens et francophones – Heidi News (Suisse), Le Soir (Belgique), Libération (France) et Luxemburger Wort (Luxembourg). Il s’agit d’un appel, d’abord, aux populations concernées, pour les inciter à donner des traces de leur quotidien à des centres d’archives spécialisés et les sensibiliser à l’importance des politiques d’archivage. Le texte interpelle également les pouvoirs publics et autres donateur.rice.s, sans qui les fonds d’archives ne pourront être constitués.

La crise de la Covid-19 est une occasion d’exploiter les réflexions qui ont animées la recherche ces cinquante dernières années. Loin d’être l’objet d’une histoire confinée, l’histoire à venir de cette pandémie pourra éclairer d’autres phénomènes sociaux et nourrir une multitude de champs historiographiques, tels que l’histoire des solidarités et des politiques sociales, l’histoire des politiques publiques ou l’histoire des épidémies. Cette tribune a été signée par plus d’une centaine de professionnel.le.s : historien.ne.s, archivistes, muséologues, sociologues.

Initiatives de collecte de récits et témoignages de la pandémie de la Covid-19

Concernant la pandémie de la Covid-19, plusieurs projets commencent à voir le jour aux niveaux local, national et transnational. En France, des initiatives de documentation du confinement ont, par exemple, été entreprises par des musées ou des centres d’archives locaux, tels le MUCEM ou les Archives de la ville de Saint-Etienne. En Suisse, la plateforme Corona-Memory récolte des récits, des témoignages ou encore des réflexions sous le format de textes, d’images, d’audios et de vidéos. Quant à l’échelle transnationale, le défi collaboratif "Nos vitrines parlent à l'heure du confinement", lancée par Sarah Gensburger, collectionne des photographies pour construire un mémoire des quartiers. Nous espérons que la diversité de ces projets nourrira les récits historiques de cette période en retranscrivant la pluralité des expériences humaines.

Piguet Myriam

Myriam Piguet

Assistante-Doctorante au Global Studies Institute et affiliée au Département d’histoire générale depuis septembre 2018. Elle est titulaire d'une maîtrise en «International and Global History» complétée à l'Université de Aarhus (Danemark) et d'un bachelier en histoire de l'Université libre de Bruxelles.

Montebello Caroline

Caroline Montebello

Assistante-doctorante en histoire contemporaine au Département d’histoire générale de l’Université de Genève depuis septembre 2018 et en cotutelle de thèse avec l’EHESS. Elle est diplômée de l’IEP d’Aix-en-Provence et de l’EHESS de Paris en « études politiques ». Son mémoire de master, dirigé par Hamit Bozarslan, portait sur la trajectoire de l’anthropologue suisse Eugène Pittard (1867-1962) en Turquie et ses relations avec l’administration ottomane, puis kémaliste entre 1910 et 1950.

  • 1 Roe, Kathleen, & Ward, Christine. "And the Walls Came Tumbling Down... New York's Historical Records Community Responds to the World Trade Center Disaster", History News 57, n° 1, 2002, pp.18-21.
  • 2 Bazin, Maëlle & Van Eeckenrode, Marie (éd.), « Dossier : Mise en archives des réactions post-attentats : enjeux et perspectives », Gazette des Archives, n°250, 2018.
  • 3 Boquet Frédéric, « Les Archives de la Ville de Bruxelles face aux attentats du 22 mars 2016 », Cahiers Bruxellois – Brusselse Cahiers, 2017, n°1, vol. XLIX, pp. 59-76.

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