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2025/3 Archive als Dritter Ort? Ideen, Erfahrungen und Perspektiven

Un archipel

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Le concept de tiers-lieu fait référence à des lieux ouverts qui favorisent des échanges informels. Revendiqué par de nombreuses institutions, notamment les bibliothèques qui en ont fait un élément fondamental de leur renouveau, il ne saurait être restreint simplement à un aménagement accueillant et confortable des espaces publics.

Avant que le concept de tiers-lieu ne s’impose aux bibliothèques, il y a une quinzaine d’années, et sans en connaître l’existence, j’ai été responsable de la conception d’un centre culturel, Les Arsenaux, à Sion. Des collègues et la revue française Livres-hebdo ont identifié cette réalisation comme un tiers-lieu représentatif. Cette situation a motivé l’AAS à m’inviter pour prendre la parole en ouverture de sa journée de formation consacrée à ce thème.

La réalité disparaît, le concept apparaît

Lorsque le sociologue américain Ray Oldenburg, au cours des années 1980, développe le concept de « Third Place », il le fait en constatant la disparition des lieux favorisant les échanges informels : « Currently and for some time now, the course of urban growth and development in the United States has been hostile to an informal life ». Il cite le « grand café », le « pub » ou le « Biergarten » comme des exemples accomplis de tiers-lieux qu’il définit à travers huit caractéristiques1.  

Ce sont des lieux neutres « where individuals may come and go as they please, in which none are required to play host, and in which all feel at home and comfortable. » Avant même que ce terme ne s’impose, le tiers-lieu est inclusif, de manière active, « the third place is a leveler », c’est un lieu qui est « accessible to the general public and does not set formal criteria of membership and exclusion. » La conversation est un élément essentiel de sa vie : « Nothing more clearly indicates a third place than that the talk there is good ». Espace collectif, facile d’accès à travers son emplacement et l’aménagement de ses espaces et horaires, on peut s’y rendre individuellement, mais avec le plaisir d’y retrouver des habitués : « It is the regulars whose mood and manner provide the infectious and contagious style of interaction and whose acceptance of new faces is crucial. » Par nature, le tiers-lieu est d’allure modeste, « A low profile », qui favorise une ambiance ludique « The persistent mood of the third place is playful one. »  Ray Oldenburg conclut ses caractéristiques par un élément de synthèse : « A Home Away from Home ».

J’ai choisi de rappeler ces éléments pour prendre de la distance à l’égard d’une approche du tiers-lieu comme un simple aménagement confortable des espaces destinés au public. Pour une institution, se définir comme un tiers-lieu, c’est en quelque sorte ajouter une dimension à son identité. Ce n’est pas sa mission qui est en question (le grand café sert toujours des cafés !) mais « sa manière d’être au monde ».

Un antidote à la mort

Lorsqu’au début des années dix de ce siècle, les bibliothèques se saisissent du concept de tiers-lieu, elles ont un doute existentiel à propos de leur futur. Robert Barth, ancien directeur de la Stadt- und Universitätsbibliothek de Berne et alors professeur dans la filière « Information Science » de la HES de Coire affirme : «Wenn Bibliotheken im 21. Jahrhundert bestehen wollen, müssen sie neue Eigenschaften in den Vordergrund stellen»2. Il brosse le portrait de la bibliothèque à venir : «Bibliotheken entwickeln sich zu Orten des Aufenthalts. Sie sind Lernorte und Informationszentren und bieten Raum fürs Arbeiten sowohl alleine wie auch für Gruppen. Denn das Lernen und das wissenschaftliche Arbeiten erfolgt zunehmend im Team. Die Bedürfnisse der Benutzerinnen und Benutzer sind unterschiedlich: „allein aber nicht einsam“ wollen sie sein und wünschen sich eine „konzentrationsfördernde, ermutigende, ansteckende“ Atmosphäre, in der „anregende Weite und konzentrierte Separation“ zugleich möglich ist. » Il met ainsi en évidence le renversement de perspective d’une fonction centrée sur le document et l’information pour donner la priorité à l’usager, mais également à la fonction de la bibliothèque pour la société dans son ensemble : «Bibliotheken haben auch die Funktion von sozialen Orten : Die Bibliotheken gehören zu den ganz wenigen kostenlosen Aufenthaltsorten ohne Konsumzwang!» 

Moins de dix ans après avoir, dans un article du Bulletin des bibliothèques de France, acclimaté le concept de tiers-lieu au domaine des bibliothèques,3 Mathilde Servet peut ainsi affirmer : « L’approche troisième lieu a permis à la bibliothèque de se réinventer, de sortir d’une crise où on la croyait moribonde, d’en faire un lieu culturel d’avenir, qui a su retrouver du sens pour les usagers, puisqu’ils sont au rendez-vous dans ces établissements. »4 

Et les archives ?

Les missions régaliennes des archives publiques les protègent peut-être d’une mort prochaine. Ont-elles néanmoins intérêt à s’approprier le concept de tiers-lieu, par exemple pour développer et améliorer leurs prestations ou renforcer leur rôle « d’institutions citoyennes » ? N’étant pas un acteur du système, ni un observateur suffisamment averti, je ne m’aventurerai pas à donner de réponse, mais simplement à poser quelques questions. 

Le tiers-lieu est tout entier défini par la communauté qu’il accueille. Dès lors, une réflexion sur le périmètre, les caractéristiques, les besoins des communautés que les archives vont accueillir est un préalable. Lorsque les cantons de Zürich et de Vaud installent leurs archives cantonales sur un campus universitaire dans les années 80, il y a, pour le moins implicitement, une volonté de rapprochement avec la communauté scientifique. Qu’en sera-t-il des Archives d’Etat de Genève qui ouvriront bientôt leurs portes entre Université et « Tour des médias » ? Un second élément important à considérer est celui de la médiation culturelle : est-ce essentiellement un moyen de faire connaître et valoriser l’institution où s’agit-il d’une ambition plus vaste en vue d’impliquer le public, les citoyennes et citoyens, dans un travail d’appropriation du contenu, y compris parfois de manière ludique ? Dans l’approche « tiers-lieu » on peut enfin interroger l’intérêt de mutualiser, entre différentes institutions, des éléments qu’il serait difficile de mettre en place individuellement (salle de conférences ou de rencontres, restaurant, salle de travail de groupe, etc.). C’est ce que nous avons fait aux Arsenaux à Sion et j’ai pu constater à la lecture d’un numéro de la Gazette des archives5 consacré aux bâtiments que les archives qui investissent avec le plus d’entrain l’approche tiers-lieu sont celles qui partagent des espaces communs avec d’autres institutions. Pour cela, il faut passer, sans sacrifier ni son identité, ni sa mission, d’une approche du « partage d’un bâtiment » marqué par la définition de territoire à une « mutualisation » de l’espace et de certaines fonctions.

Foto J Acques Cordonier Jac Maire 2019 portrait portrait pilier

Jacques Cordonier

Né en 1955, Jacques Cordonier est diplômé de l’Ecole nationale supérieure des bibliothèques de Villeurbanne et de l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris (DEA en sociologie, spécialisation sciences de l’information). Responsable de l’Ecole de bibliothécaires de Genève (1981-1987), il a dirigé (1988 – 2009) la Bibliothèque cantonale du Valais devenue en 2000 la Médiathèque Valais. En 2005, il est appelé à la tête du Service de la culture du Canton du Valais, nouvellement créé. Il en a assuré la direction jusqu’à son départ à la retraite en août 2020. De 2019 à 2025, il a présidé la Fondation SAPA, Archives suisses des arts de la scène (Berne, Lausanne et Zürich). Depuis 2020, il a accompli divers mandats concernant la coopération entre institutions culturelles ainsi que l’élaboration de stratégies et bases légales dans le domaine culturel pour le compte de cantons et de la Confédération. Il est membre du Conseil de la FONSART (Fondation pour la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine audiovisuel de la Radio et Télévision Suisse) et du jury de l’Association Capitale culturelle suisse. 

  • 1 Ray Oldenburg, The Great good place, Cambridge : Da Capo Press, 1999. PP. 20-42
  • 2 Robert Barth, Die Bibliothek als Dritter Ort, 2014 [en ligne] biblioBE.ch - Die Bibliothek als Dritter Ort (consulté le 6.10.2025)
  • 3 Mathilde Servet, Les bibliothèques troisième lieu : une nouvelle génération d’établissements culturels.avril 2020. [en ligne] https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2010-04-0057-001 (consulté le 6.10.2025)
  • 4 Mathilde Servet, Les bibliothèques, des troisièmes lieux culturels à forte valeur humaine ajoutée. L'Observatoire : La revue des politiques culturelles, no 52, 2018, p.74. [en ligne] https://shs.carin.info/revue-I-obseratoire-2018-2-page-71?lang=fr (consulté le 6.10.2025)
  • 5 La Gazette des archives, n°263, 2021-3. [en ligne] https://www.persee.fr/issue/gazar_0016-5522_2021_num_263_3 (consulté le 6.10.2025)

Abstract

Le concept de tiers-lieu a été pensé par le sociologue Ray Oldenburg. Il s’est imposé pour définir des lieux ouverts qui favorisent des échanges informels au sein d’une communauté. A un moment où elles doutaient de leur pérennité, les bibliothèques se sont approprié cette approche en mettant au centre les usagers, leurs besoins et la manière de délivrer leurs prestations. Après d’autres, elles ont mis en évidence que se définir en tant que tiers-lieu implique davantage que d’améliorer l’aménagement de leurs espaces d’accueil : il constitue un élément de leur identité tout entière. Cette démarche peut-elle inspirer les archives ?

 

Das Konzept des „Third Place“ wurde vom Soziologen Ray Oldenburg entwickelt. Es hat sich als Begriff für offene Orte etabliert, die informelle Begegnungen innerhalb einer Gemeinschaft fördern. In einer Zeit, in der Bibliotheken an ihrer Zukunftsfähigkeit zweifelten, haben sie sich dieses Konzept zu eigen gemacht, indem sie die Nutzer, ihre Bedürfnisse und die Art der Dienstleistung in den Mittelpunkt stellten. Wie andere zuvor haben sie gezeigt, dass die Definition als „Third Place“ mehr bedeutet, als nur die Gestaltung der Empfangsbereiche zu verbessern. Sie ist ein wesentlicher Bestandteil ihrer gesamten Identität. Kann dieser Ansatz auch die Archive inspirieren?