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2013/3 Parlons jeunesse – Reden wir vom jungen Publikum!

Lire avec des groupes de jeunes, simple comme une règle de trois

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Les adolescents consacrent plusieurs heures par jour et par nuit à lire et écrire des messages et à tchatter. Ils lisent aussi des manuels, des revues, des publicités, des pages d’écran, des mangas. Seuls des passionnés, surtout des filles, se plongent avec délice dans les épais romans que publient en nombre les éditeurs. Beaucoup se contentent des œuvres scolaires imposées, pas toujours adaptées, qu’ils ont souvent survolées plutôt que lues. C’est que pour entrer dans cette «terra incognita» qu’est la littérature, il leur faut des guides. A l’image du guide de haute montagne qui permet à ses clients d’explorer sans se perdre des endroits où ils n’auraient pas été seuls, le guide littéraire a ces trois fonctions: surprendre, accompagner, valoriser.

1.  Pour faire lire des jeunes,  il faut les surprendre.

Varier l’offre

Dans le panier proposé à la classe, il y a des livres finement sélectionnés tenus par un fil ou en vrac, des livres épais et des livres courts, des livres à lire d’une traite, d’autres dans lesquels s’installer, des livres légers («Facile, et alors! Au moins mes élèves vont accrocher») et des livres auxquels se frotter. Le livre court passe facilement de main en main. Le livre épais a une rotation plus lente sans être réservé au meilleur. Ainsi un jeune, anorexique de la lecture, de s’écrier: «Je ne savais pas que j’étais capable de lire un gros livre.»


Lever les barrières de genres

Pourquoi se limiter aux romans quand il y a les mangas, de la poésie, des albums? Cet élève de 13 ans entre à la bibliothèque scolaire en bougonnant: «Autant vous le dire, si c’est pour lire, ce n’est pas pour moi.» Après avoir écouté et regardé vingt minutes une scénographie de présentation d’albums, il emprunte l’album La voix d’Or de l’Afrique (Piquemal- Albin Michel), le lit d’une traite et s’écrie: «Elle est superbe cette histoire.» Cinq mois plus tard, il a lu six albums sur les dix proposés.


Les appâter

Des jeunes sont assis en rond au milieu de l’espace jeunesse depuis plus d’une heure. Le «dégustalivres» pour lequel ils avaient reçu une carte d’invitation se termine. La bibliothécaire a sélectionné quelques romans et préparé pour chacun une bande annonce. Les mises en bouche terminées, elle annonce que le prêt est ouvert, c’est la ruée sur les livres. Un trimestre plus tard, au retour du panier, tous les livres ont été lus par la moitié de la classe, deux par toute la classe.

Diversifier les voix des passeurs

Trente lycéens dans leur salle de cours de français savent que des adultes vont venir présenter des romans. Grande est leur surprise quand ils voient arriver les professeurs d’allemand, de maths, de sports et d’autres qui chacun à leur tour présentent une fiction. Deux garçons auront pour unique lecture celle proposée par le professeur de sports. Plus de la moitié du groupe lira le polar que le mathématicien en blouse blanche avait promu en déclenchant l’hilarité.

Dans un collège, le temps de l’animation, la bibliothécaire a enrôlé l’agent d’entretien pour jouer le héros d’un livre. Deux garçons, «les derniers» de la classe, descendront régulièrement aux récréations dans son atelier pour discuter du panier de «bouquins» que l’adulte aura lu dans sa totalité et les ados partiellement.

2.  Pour faire lire des jeunes,  il faut les accompagner.

Diversifier les modes de lecture

– Lire en feuilleton. En dernière année d’école primaire, le maître prend 15 minutes par jour pour faire goûter à sa classe Le Feuilleton d’Hermès (Szac, Bayard jeunesse). Au collège, au premier trimestre, chaque professeur en charge du premier cours ouvre la journée par la lecture d’un chapitre. Et ce pendant 100 jours. 

– Lire partiellement. La bibliothécaire scolaire lit à un groupe le premier chapitre L’œil du loup de Daniel Pennac (Gallimard), acheté en quatre exemplaires. Puis, par tirage au sort, la classe est divisée en deux groupes: les loups et les hommes. Le clan des loups lit secrètement le chapitre 2, puis le raconte aux clans des hommes qui lisent le chapitre 3 qu’ils résument à la classe, le professeur lisant le quatrième et dernier chapitre. Le volume de lecture est limité au départ, sans pour autant interdire la lecture intégrale que beaucoup ont faite au final, le chemin étant balisé.


– Lire en duo et en alternance. Le premier lecteur lit un chapitre le soir et le raconte à son binôme le lendemain, qui fait de même le lendemain et ainsi de suite jusqu’au bout du livre. Les ados récalcitrants s’y mettent et en redemandent. Un garçon arrivé au bout de Juste une erreur (Ben Kémoun, Seuil): «Je ne pensais pas que c’était ça un livre!» Grâce à ce procédé, La robe de Versailles (Jeanne Albrent, Livre de poche jeunesse) fait un tabac chez les garçons.

Reconnaître la lecture comme une activité à part entière

Au collège de Cernier (Suisse), est organisée chaque année la semaine «Bouquinades». Tous les jours de la semaine est prévu un temps où tout le monde s’arrête de travailler pour lire: élèves et adultes, y compris le personnel administratif. Chacun lit ce qu’il veut, mais il lit!

Travailler au long cours

– Un professeur de lettres déplorant l’indigence littéraire de ses élèves passe à l’action: deux fois par semaine, un quart d’heure de ses cours est consacré à la lecture silencieuse. Posture libre, œuvre de fiction de son choix. Chacun bouquine, même le prof!

– Dans ce collège français, de la Toussaint à Pâques, la documentaliste anime un atelier «onliquoi» aux récréations du vendredi matin. Le rendez-vous est hebdomadaire, libre et court.

Le lundi, elle rédige un appât qu’elle affiche sur la porte du CDI, le vendredi l’énigme est levée avec la présentation du roman, que les jeunes écoutent attentivement. D’abord seule présentatrice (avec des bandes-annonces de romans préparés en amont avec Livralire), elle a ensuite coopté des élèves volontaires (pas toujours lecteurs assidus), puis des professeurs. Impacts: les ados en parlent entre eux dans la semaine. Les emprunts timides au début se sont amplifiés, de sorte que certaines semaines, le panier des «onliquoi» est vide. Des élèves de tout petit appétit littéraire ont demandé à faire une présentation après qu’on les ait aidés à choisir des fictions à leur mesure.

3.  Pour faire lire des jeunes,  il faut les valoriser.

Donner la possibilité aux lecteurs de faire œuvre eux-mêmes. Créant, ils découvrent que lire, c’est interpréter et donc que celui qui lit, dé-lie les chaînes du texte, se re-lie à la pensée d’un autre (l’auteur) et se lie aux autres lecteurs, qui ont d’autres interprétations du texte.

Lire à d’autres

– Dans une classe de 6e en France, où beaucoup d’élèves peinent à lire des romans même courts et faciles, la professeure de lettres trouve une idée intéressante. Elle fait lire à ses élèves des albums de petits et les aide à en faire des lectures à voix haute à une classe de maternelle.

– Dans un établissement suisse, près du lac de la Gruyère, des adolescents volontaires de 14–15 ans vont, pen
dant un mois, à l’heure du repas, lire au «chevet» des albums «grand large» à des seniors d’un home voisin.

Les Philo-fables (Michel Piquemal, Albin Michel) sont proposées à toute une classe. Consigne: chacun choisira sa fable préférée et ira la «lancer», par lecture ou mieux en la contant, dans une autre classe, sous la forme d’«impromptus».

Interpréter

Début novembre, un panier de huit romans différents est proposé, sous forme d’un «dégustalivres», à deux classes de lycée. En février, les jeunes se regroupent autour d’une fiction qu’ils ont lue et appréciée. Ils préparent une «mise en bouche» sous forme de saynètes, de montage vidéo, de «romans-photos», etc. Les deux classes se retrouvent pour un échange des fictions introduites par les créations des élèves.

Créer

Comme, par exemple, se passer les livres sous forme de lettres. La liste de départ est scindée en deux: une classe prend sept romans, une autre (d’un autre collège) les sept autres titres. Chaque jeune lit trois romans puis fait la promotion de son titre préféré sous la forme d’une lettre décorée, genre art postal. La semaine avant les vacances de février, les élèves reçoivent les lettres de l’autre collège. L’impact est fort. Emotionnel d’abord: sans trop vouloir le montrer, certains élèves sont très fiers de se voir adresser une missive aussi jolie. Littéraire ensuite: chacun repart avec au moins un livre sous le bras, beaucoup prennent le livre qui leur est conseillé dans la lettre. Nombres d’élèves emprunteront plusieurs romans, y compris un élève très peu lecteur qui a bien attendu que tous les autres sortent de la salle pour demander à emprunter un second livre. Ces pistes sont fondées sur l’expérience de lectures partagées avec des jeunes, telles que nous les vivons dans les «voyages-lecture». Elles montrent qu’il ne suffit pas de donner des livres aux ados. Il faut lire avec eux, là où ils sont, là où ils en sont. La balle est dans le camp des adultes.

Site: www.livralire.org

Blog: 123albums.livralire.org

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Véronique Marie Lombard

Livralire

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Jugendliche lesen und schreiben zahlreiche Nachrichten und chatten. Sie lesen auch Handbücher, Zeitschriften, Werbung, Bildschirmseiten, Mangas. Wenige stürzen sich auf dicke Romane. Viele begnügen sich mit der obligatorischen Schullektüre, die sie oft eher überfliegen als lesen. Um in das «Neuland», das diese Literatur für sie darstellt, einzutauchen, brauchen sie einen Experten. Der literarische Experte soll drei Eigenschaften aufweisen: überraschen, begleiten und die Jugendlichen wertschätzen, um ihnen Lust auf weitere Lektüre zu machen. Die Erfahrung zeigt, dass es nicht reicht, Jugendlichen Bücher in die Hand zu drücken. Man muss mit ihnen lesen und sie dort abholen, wo sie stehen. Der Ball liegt nun bei den Erwachsenen.