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2013/4 Linked Open Data und Big Data

Les institutions patrimoniales suisses sont favorables à l’open data

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Depuis l’avènement de l’Internet, les institutions patrimoniales connaissent des changements successifs nombreux. On par exemple la numérisation systématique des objets patrimoniaux, la mise en réseau accrue des organisations, la coproduction de contenus par les utilisatrices et les utilisateurs ainsi que la mise à disposition de données et de contenus sur l’Internet sous des licences «libres». Une étude de la Haute école spécialisée bernoise montre où les institutions patrimoniales suisses se situent dans ce contexte.

  1. En allemand: Estermann Beat (2013): Schweizer Gedächtnisinstitutionen im Internet-Zeitalter. Ergebnisse einer Pilotbefragung zu den Themenbereichen Open Data und Crowdsourcing, Berner Fachhochschule, E-Government-Institut. / En anglais: Estermann Beat (2013): Swiss Heritage Institutions in the Internet Era. Results of a pilot survey on open data and crowdsourcing, Bern University of Applied Sciences, E-Government Institute.

Les institutions patrimoniales en pleine mutation 

Le Musée de Derby mise sur des codes QR pour enrichir via des articles de Wikipédia les explications concernant les objets d’exposition, et ce en plu­sieurs langues bien entendu. La Biblio­thèque nationale australienne propose à des bénévoles des tâches de correction et de transcription sur l’Internet, offre qui rencontre un véritable succès. Le Tropenmuseum à Amsterdam met des centaines de milliers de photos haute résolution sur Wikimedia Commons, se félicite que ses fonds soient désor­mais plus faciles d’accès et en espère en tirer profit par l’augmentation du nombre de visiteurs. Le Brooklyn Mu­seum s’en remet au jugement des visi­teurs de son site web pour sélectionner des photographies destinées à une ex­position. Un consortium de biblio­thèques européennes utilise le crowd­funding pour financer la numérisation des œuvres tombant dans le domaine public. A Vienne, des chercheurs misent sur les données libres d’accès pour visualiser d’une nouvelle façon d’appréhender l’histoire de l’art.

Ces exemples montrent les pro­fonds changements qui traversent le champ des institutions patrimoniales depuis l’avènement de l’Internet dans les années 1990 et les innovations qu’il a induites.

On peut, concrètement, identifier plu­sieurs tendances successives: Depuis le début des années 2000, les institutions patrimoniales en Europe conjuguent leurs efforts afin de numé­riser de manière coordonnée et la plus complète possible les objets patrimo­niaux et leurs métadonnées. Outre une mise en réseau renforcée qui permet aux institutions d’échanger leur savoir­ faire et d’éviter les doublons, sont éga­lement proposées dans la foulée des offres de «single-­point-­of-­access» sous la forme de systèmes de catalogues inter­organisations et de bibliothèques vir­tuelles.

Dès 2005, on assiste à l’avènement du Web social qui offre encore plus de possibilités d’interaction. Cette tendance se caractérise par de nouvelles formes de personnalisation et par une implica­tion plus forte des utilisatrices et des utilisateurs, ou des visiteuses et des visiteurs respectivement, qui sont appelés à coproduire.

Le développement spectaculaire de Wi­ kipédia, Flickr et d’offres analogues basées sur le principe de la commu­ nauté virtuelle focalise de plus en plus l’attention sur la constitution et la col­ lecte collaborative de contenus sur l’In­ ternet. De premières collaborations s’installent entre des institutions patri­ moniales et des communautés en ligne, tandis que certaines institutions lancent des projets spécifiques en faisant appel au crowdsourcing2.

Les communautés Wikipédia et Flickr découvrent de leur côté que les institu­ tions partimoniales sont des parte­ naires importants et cherchent depuis quelques années à collaborer active­ ment avec elles. A partir de 2009, c’est le mouvement pour l’ouverture des données publiques qui, depuis les 

Open data/open content: besoin d’information concernant les licences «libres»

Les résultats de l’enquête permettent de conclure qu’à ce jour moins de 10% des institutions interrogées mettent «libre­ment» à disposition sur l’Internet des illustrations de leurs objets patrimo­niaux, mise à disposition qui permet, autrement dit, à des tiers de les modifier et de les utiliser gratuitement. Plus de la moitié mettent certes des illustra­tions à disposition sur le Net, mais en limitent toutefois leur utilisation. Le plus souvent, les institutions sont prêtes à mettre gratuitement à disposi­tion des contenus pour la formation et la recherche, pour une utilisation pri­vée ou des projets d’intérêt public. Elles sont nettement plus réticentes lorsqu’il s’agit d’autoriser la mise en ligne de contenus qui peuvent être utilisés à des fins commerciales ou faire l’objet de modifications.

Par rapport aux licences «libres», il existe en outre un besoin d’information: près de la moitié des institutions qui rendent des objets patrimoniaux accessibles en ligne ne semblent pas être conscientes du fait qu’il n’est pas possible de libérer des œuvres pour leur utilisation dans Wikipédia et en même temps d’interdire à des tiers de modifier des images ou de les utiliser à des fins commerciales.

Plus de la moitié des institutions inter­rogées considèrent l’open data comme important. Les groupes cibles les plus importants dans ce contexte sont les institutions de recherche et de forma­tion, les personnes privées et d’autres institutions culturelles. Les institutions interrogées estiment que les plus grandes chances de l’open data/open content résident dans la meilleure visi­bilité et accessibilité des fonds, dans la meilleure visibilité des institutions elles-­mêmes ainsi que dans leur meil­leure mise en réseau. Concernant les risques de l’open data, les institutions interrogées craignent surtout des dé­penses supplémentaires en ressources et une certaine perte de contrôle sur les données, en particulier pour ce qui est des violations des droits d’auteur, de la protection des données et des infrac­tions contre les règles de confidentialité.

Crowdsourcing: important mais porteur de risques 

Près de 40% des institutions interro­gées considèrent le crowdsourcing comme étant important. La mise en œuvre du crowdsourcing, c’est-­à-­dire la possibilité de créer ou de compléter des contenus sur l’Internet par des béné­voles qui collaborent entre eux, est considérée par ces mêmes institutions comme envisageable surtout dans les domaines de la classification et de la complétion des métadonnées ainsi que pour des tâches de correction et de transcription. Près de la moitié des institutions constatent par ailleurs des besoins d’amélioration dans le domaine des métadonnées, en particulier pour ce qui est de l’intégralité, de la disponi­bilité et de la numérisation de ces der­nières.

En revanche, les institutions interro­gées estiment que le crowdsourcing présente lui aussi une série de risques. Parmi ces derniers figurent la charge importante qui y est liée au niveau de la préparation et du suivi. Autres risques: la continuité incertaine de l’entretien des données, de la difficulté d’influer sur les résultats et d’estimer correctement la charge temporelle ainsi que la faible sé­curité en matière de planification.

Conclusions

Les résultats de l’enquête montrent que miser sur des approches de type crowdsourcing implique une certaine charge et des impondérables. Cela s’explique également par le fait que les institutions doivent participer activement aux communautés de bénévoles et de parte­naires impliquées, ce qui ne manque souvent pas de poser des problèmes compte-tenu des différentes cultures organisationnelles. Les processus d’in­tégration qui y sont liés peuvent certes, en fin de compte, déboucher sur un bénéfice pour les deux parties, mais cela ne va en général pas sans un inves­tissement temporel considérable.

En contrepartie, opter pour une stratégie open data/open content est nettement plus simple pour les institutions. Il est donc conseillé de miser, à court terme et à grande échelle, surtout sur des ap­proches qui permettent aux institutions la «libre» mise à disposition des données et des contenus, sans qu’elles aient à assumer elles-­mêmes les dépenses qu’im­pliquent de longs processus de coopération. Néanmoins, une certain niveau de standardisation des métadonnées, de la qualité des données et des interfaces tech­niques pourrait malgré tout être utile pour réduire au minimum les coûts de transaction. Il s’agit également de mettre l’offre en rapport avec la demande, car si tel n’est pas le cas, on court le risque que les données et les contenus mis à dispo­sition restent inutilisés.

Compte tenu du fait que de nombreuses institutions considèrent la thématique du crowdsourcing et de la création col­laborative de contenus comme étant aussi importante que l’open data/open content, il serait judicieux de mener quelques projets­-pilotes dans ce do­maine et d’entamer un processus d’ap­prentissage collectif parmi les institu­tions partimoniales et les communau­tés en ligne concernées. Les conditions pour ce faire sont une culture positive de l’erreur, la documentation et l’éva­luation systématique des expériences faites ainsi que la création de plate­formes d’échange appropriées, tels que conférences, ateliers ou offres de for­mation continue.

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Beat Estermann

collaborateur scientifique, Institut pour le gouvernement électronique de la Haute école spécialisée bernoise

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