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2010/4 ABD Stellen und Katastrophen

Deux missions du Comité international du Bouclier bleu en Haïti, en avril et juillet 2010: quelques impressions

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Ces derniers jours, l’actualité d’Haïti re­lègue le sauvetage du patrimoine docu­mentaire du pays à une activité secon­daire face à l’urgence provoquée par l’épidémie de choléra. Cela étant, les pro­jets lancés au cours des deux missions dont on trouvera une brève description ci­-dessous continuent à se mettre en place. En principe, si les élections du 28 novembre se produisent sans heurts et si l’épidémie de choléra se stabilise, le centre de traitement ainsi que le pro­gramme de formation complet pourra se mettre en place fin janvier 2011.

Première mission du Comité internatio­nal du Bouclier bleu 

En avril, trois mois après le sinistre, les dégâts constatés sont toujours impressionnants et dépassent tout ce qu’il nous a été permis de voir en la matière. Une grande partie de la population de Port-au-Prince vit toujours dans des campements de tentes dont les 3/4 sont improvisés et non organisés par les nombreuses ONG sur le terrain. Les habitants ont déserté le bas de la ville et se sont installés sur les collines de Pétion Ville qui a décuplé sa population depuis le sinistre. Chaque espace libre est occupé par des tentes installées dans les rues transversales à même les gravats.

Le survol de la capitale met tout de suite dans l’ambiance. Une multitude de taches bleues de la couleur des tentes distribuées par la coopération internationale quadrillent l’espace de la ville. L’aérogare a été installée dans une baraque de chantier et fonctionne bien. Entre formalités d’entrée et récupération des bagages une heure suffit. La sortie dans la rue devient plus problématique, les arrivants attendent dans un espace réduit gardé par des militaires US et les forces de l’ONU que leur correspondant vienne les chercher. Vu le chaos intégral régnant dans la rue, ces mesures de sécurité ne sont pas superflues.

Françoise Thybulle, directrice de la Bibliothèque nationale d’Haïti est venue nous chercher.

Après quelques minutes, nous nous rendons vite compte que, même si les travaux de déblayement ont bien commencé, il y en aura encore pour très longtemps avant que ce soit terminé. Nous slalomons entre les gravats, les ordures, les véhicules cabossés et en panne, les 4x4 (seuls véhicules utiles en Haïti), les jeeps de l’ONU et les hummers de l’armée américaine et espagnole dans un chaos digne du film 2012 après les séismes. La seule différence est que nous sommes dans la réalité. Un cinéaste haïtien, pour mettre fin aux reportages partiaux des télévisions internationales, a réalisé un film intitulé «Apocalypse Now», chronique d’un sinistre annoncé qui sera projeté dans plusieurs capitales du monde pour tenter de faire comprendre ce que les Haïtiens ont réellement vécu et vivent au quotidien.

Ce qui frappe également est la totale désorganisation des humanitaires à Port-au-Prince, le manque de coordination, chacun travaillant pour son compte, provoquant des doublons et laissant de grands vides. Ce n’est pas le cas pour les biens culturels. Nous sommes les seuls avec notre partenaire «Bibliothèques sans frontières» à être actifs et présents. Malgré l’amoncellement des détritus bouchant le lit des rivières, qui à chaque pluie débordent, il n’y a pas de problèmes sanitaires majeurs. Dans les rues détruites, des marchés improvisés regorgent de fruits et de nourriture. Le seul problème est que les prix flambent, ce qui rend l’aide alimentaire internationale utile.

Circuler de Port-au-Prince à Pétion Ville est très difficile. C’est un vrai parcours de guerre où on met deux heures pour faire cinq km. Comme si cela ne suffisait pas, quand nous y étions, il y avait une pénurie de carburant. Les génératrices (l’électricité est aléatoire), les récupérateurs d’eau de pluie et tous les véhicules amenés par l’aide internationale ont mis à sec les réserves et le tanker en provenance du Venezuela était attendu comme le messie.

Malgré ce paysage apocalyptique la ville est pleine de vie, d’énergie et de solidarité entre les Haïtiens. Nous n’avons vu personne baisser les bras. Une sacrée leçon de vie.

Nous avons visité et fait l’état des lieux d’un bon nombre de bibliothèques, d’archives et de musées. La Bibliothèque nationale, le réseau des bibliothèques municipales de province, la bibliothèque de St-Louis de Gonzague, les trois sites des archives nationales et les archives du ministère des affaires étrangères. Nous avons également visité et préparé l’installation du centre de traitement des documents endommagés que le Bouclier bleu va installer le plus rapidement possible à Port-au-Prince.

Si certains bâtiments peuvent être remis en fonction après quelques travaux, beaucoup sont totalement détruits, comme l’université. Imaginez par exemple la Bibliothèque d’Uni Mail à Genève ressemblant à un club sandwich sous lequel se trouve les cadavres de 6000 étudiants et vous aurez une idée de la situation de l’Université d’Etat d’Haïti. Il n’y a plus d’université, tout est à reconstruire. Un projet de construction d’un centre universitaire provisoire est en cours. Il prendra un an.

Ici, il n’est pas possible d’envisager des salles de cours sous tente en raison de la chaleur (30 degrés) et de l’humidité (80%). Pour les écoles primaires, une excellente solution a été mise en place. Il s’agit de couverts en bois comme les refuges en Suisse. Elles protègent de la pluie et de la chaleur quand le toit de tôle ondulée est couvert de vétiver.

Cela étant nous avons pu mettre en place un certain nombre d’actions au cours de cette première mission. On trouvera le rapport détaillé de ce que nous avons mis en place en Haïti sur le site http://www.ancbs.org/.

Les acteurs culturels haïtiens (BN, Archives nationales, musées) ont créé le Bouclier bleu haïtien sous forme de consortium reprenant le mode de fonctionnement du COSADOCA http://www.cosaodca.ch. Ce Bouclier local, approuvé par le Ministère de la culture du pays, gère et coordonne toute l’aide internationale en matière de sauvetage des biens culturels et a nommé un gestionnaire local qui travaillera en accord et avec l’aide du Bouclier bleu international http://www.ifla.org/en/news/official-recognition-of-a-new-blue-shield-committee-in-haiti. Pendant les opérations de traitement, les institutions haïtiennes rédigeront le plan de sauvetage de chaque institution et après le sauvetage organiseront des formations comme nous le faisons pour le COSADOCA.

Des premières actions concrètes ont été mises en place. 

– Dépoussiérage total des collections de la Bibliothèque nationale, envoi des étagères et remise en fonction du service au public pour début juin. En effet, la BN est la seule qui a survécu avec St-Louis de Gonzague et peut rapidement offrir un service au public.

– Projet de mise en place d’un service de bibliobus pour la banlieue de Port-au-Prince et les provinces depuis la BN, le réseau de la Fokal et le réseau de la Direction du livre. Ouverture prévue après la remise en fonction de la BN.

– Remise en ordre et dépoussiérage des archives du Ministère des affaires étrangères, renforcement du local de stockage provisoire, construction d’une digue pour éviter les inondations du local.

Après de nombreuses visites des lieux possibles, le centre de traitement des documents endommagés sera installé sur le terrain initialement prévu. Le terrain clôturé sera gardé par les Forces armées haïtiennes (plus sûres que les forces US ou ONU qui sont la cible favorite pour les preneurs d’otage). Le stockage sera organisé dans des containers maritimes de 20 pieds qui seront équipé d’une climatisation par circulation d’air.

Les espaces de traitement se feront dans des cabanes et non dans des containers ou sous des tentes comme initialement prévu. Il est en effet impossible de travailler sous tente étant donné la chaleur; http://www.ifla.org/en/news/blue-shield-rescue-center-to-be-established-in-haiti. Ils fonctionneront par binôme: un professionnel haïtien avec un professionnel volontaire. La formation reçue par les Haïtiens en matière de sauvetage du patrimoine documentaire sera ensuite certifiée par le Bouclier bleu international.

Seconde mission: 18–23 juillet 2010

Même si la situation est loin d’être revenue à la normale, d’une manière générale, nous avons constaté que dans tous les domaines les travaux ont avancé depuis notre mission du mois d’avril. Dans des conditions très difficiles, sous une chaleur accablante, sans sanitaires, ni eau, ni électricité, nos collègues haïtiens continuent le travail de tri et de mise en boîte des collections.

A la Bibliothèque nationale, les travaux de réparation des murs sont presque terminés. La peinture reste à faire. Il reste également 40 mètres linéaires à mettre en boîte. Les étagères mobiles données par l’Ecole polytechnique de Lausanne arriveront en décembre après règlement des problèmes douaniers et la répartition des transports avec «Bibliothèques sans Frontières». En attendant, le personnel de la BN terminera l’inventaire et commencera le premier dépoussiérage des collections ainsi que le tri des dégâts qui seront traités dès l’ouverture de l’Arche. 40% des ouvrages de la Bibliothèque nationale ne nécessitant pas de travaux de réparations pourront reprendre leur place sur les étagères dès l’arrivée des armoires mobilesLes 2,7 km linéaires d’étagères donnés par la Bibliothèque de l’EPFL ont quitté la Suisse dans deux containers le 25 octobre. L’envoi est complété par les dons de la Bibliothèque de Bulle et la Bibliothèque de Bière. Le Département de l’instruction publique du Canton et République de Genève a également donné plus de 30 cartons de livres scolaires neufs collectés par Madeleine Duparc. La Ville de Genève a mis à disposition des locaux pour le tri de ces dons.. Un relevé détaillé de l’état des documents à l’aide d’instruments de mesure comme la sonde pour mesurer l’humidité relative à l’intérieur des volumes par la restauratrice de la mission, Maria Teresa Shazar, a été effectué pour compléter l’analyse de la mission précédente. Un important travail de reliure de protection est à envisager.

L’équipe de la mission a organisé, les 21 et 22 juillet, la mise en place du circuit de dépoussiérage et la formation technique au dépoussiérage et à la reconnaissance des dégâts. Après notre départ, le travail continuera jusqu’à l’ouverture de l’Arche.

La directrice de la Bibliothèque nationale a fait réaliser, à l’aide des films que les caméras de surveillance de la Bibliothèque nationale ont tourné le 12 janvier, une petite vidéo de 3 minutes qui, plus qu’un long discours, font comprendre la violence du séisme et l’amplitude des dégâts http://www.youtube.com/user/deborahjoy1#p/a.

La directrice de la Bibliothèque nationale d’Haïti a fait faire un plan type de bibliothèque municipale pour la reconstruction des bibliothèques municipales détruites le 12 janvier comme celles de Léogane et de Petit Goave. Ce projet tient compte des risques sismiques et se base sur l’architecture traditionnelle caribéenne qui a mieux résisté au séisme. La construction d’un bâtiment de ce type reviendrait à 95 000 $. Plusieurs bibliothèques nord-américaines organisent des collectes pour payer la construction d’une de ces bibliothèques. Ce projet a été présenté aux bibliothécaires américains lors du congrès de l’ALA. Il prévoit la construction d’une bibliothèque municipale par an pendant dix ans.

La Bibliothèque nationale a le projet d’organiser la formation des bibliothécaires scolaires en parallèle à l’installation de bibliothèques scolaires dans les écoles reconstruites provisoirement. 

L’Arche

Les travaux en vue de la mise en place du centre de traitement continuent au cours de cette seconde mission notamment par l’obtention des autorisations nécessaires. Le Comité du Bouclier bleu haïtien confie la mise en place d’un centre de traitement et de formation au traitement des documents endommagés dans les bibliothèques et les archives par le séisme au Comité international du Bouclier bleu avec le soutien de la Ministre de la culture de la République d’Haïti, Mme Lassègue.

Un «memorandum of understanding» a été signé par le Comité international du Bouclier bleu et le Smithsonian Institute pour le partage des tâches entre le centre l’Arche du Bouclier bleu et le centre du Smithsonian en Haïti.

Un premier versement de CHF 50 000 a été fait pour le centre par la Ville de Genève.

Le plan complet du centre a été soumis aux partenaires du Bouclier bleu haïtien et approuvé. Ce plan et toutes les procédures de fonctionnement ont été discutées dans le cadre d’un brainstorming organisé à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne les 11 et 12 juin avec les restauratrices du Bouclier bleu et du COSADOCA. Les procédures de travail sont en cours de rédaction.

Suite à l’analyse des besoins en formation tant pour les bibliothèques que les archives en matière de réparation et de conditionnement, la restauratrice de la mission avec le COSADOCA va établir un module de formation préalable à l’ouverture du centre. Cette formation se fera en parallèle au montage du centre.

Les Archives du Ministère des affaires étrangères (MAE) 

En 3 mois, le travail de tri a bien progressé même si la tâche reste énorme. Le poteau électrique qui menaçait de s’effondrer a été redressé, mais il n’y a toujours ni eau ni électricité dans le bâtiment où les archives ont été entreposées après leur évacuation des décombres.

Jean Euphèle Milcé, archiviste du Ministère des affaires étrangères, grâce à qui les archives ont été retirées des décombres, gère avec ténacité et efficacité une équipe de 20 personnes qui trie les documents.

Les conditions climatiques difficiles ont provoqué le développement de moisissures sur les documents sortis des décombres, surtout ceux de la bibliothèque.

Les MAE bénéficient du soutien de BSF qui, avant le séisme, avait envoyé 100 ouvrages relatifs aux relations internationales. Un projet commun d’équipement des MAE et de construction d’une bibliothèque de 600 m2 pour le Ministère des affaires étrangères spécialisée en relations et droit international a vu le jour. Une convention en ce sens a été signée vendredi 23 juillet entre la Ministre des affaires étrangères, Mme Rey, et le président de Bibliothèque sans frontières, Patrick Weil.

Comme pour la Bibliothèque nationale, nous avons organisé un atelier de dépoussiérage complété par un atelier de traitement des petits dégâts et la reconnaissance des moisissures actives avec les méthodes pour les traiter dans l’urgence, en attendant que l’Arche entre en activité.

Parallèlement, Christophe Jacobs et Catherine Cottin ont mis en place la chaîne d’identification et de description des documents d’archives.

Pour l’atelier de petites réparations et reconnaissance des moisissures, une dizaine de collaborateurs de la Bibliothèque nationale sont venus au MAE participer à l’atelier avec leurs collègues du MAE, mettant ainsi en place une première collaboration interinstitutionnelle pratique en Haïti en matière de sauvetage. Ces activités vont continuer sur place jusqu’à la fin des travaux du bâtiment provisoire des archives du MAE et jusqu’à l’ouverture du centre de traitement de l’Arche. Tout comme à la BN, le personnel s’est montré très impliqué et concentré sur son travail, apprenant avec rapidité.

En guise de conclusion

Face à une catastrophe d’une telle ampleur, l’aide internationale intervient toujours dans un second temps. L’évacuation d’urgence des collections des décombres a été faite par les personnes sur place avec le peu de moyens qu’elles avaient à disposition. Ne disposant pas de plan de sauvetage des collections, elles ont fait comme elles ont pu. L’installation de l’Arche, centre de traitement des documents endommagés, permettra de former le personnel des institutions au sauvetage des collections et à leur remise en état. Avec la mise en place de plans de sauvetage avec l’aide internationale, ils seront mieux armés pour réagir face à une éventuelle nouvelle catastrophe.

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Danielle Mincio

Conservatrice des manuscrits, Bibliothèque cantonale et universitaire Lausanne

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Die Autorin hat in diesem Jahr in ihrer Funktion als Mitglied des internationalen Komi­tees vom Blauen Schild zwei Reisen nach Haiti unternommen. Die erste im April, drei Monate nach dem verheerenden Erdbeben. Das Ausmass der Schäden macht betroffen, aber gleichzeitig müssen die Aufräumarbeiten in Angriff genommen werden. Die kulturellen Akteure in Haiti haben den haitianischen Blauen Schild gegründet, als Vorbild dient COSADOCA. Die Planung eines centre de traitement des documents beginnt. Anlässlich der zweiten Mission im Juli lassen sich bereits erste Fortschritte bei den Aufräumarbeiten erkennen. Ein Workshop zur Entstaubung für die Mitarbeitenden der Bibliotheken wird durchgeführt. Aber die Arbeiten sind noch lange nicht beendet und gehen weiter.