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2010/4 ABD Stellen und Katastrophen

Deux ans après le sinistre des Philosophes: bilan

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Dimanche 29 juin 2008, à 22 heures, un voisin remarque des flammes dans le bâtiment des Philosophes de l’Univer­sité de Genève et en avertit les pompiers. 22h14, arrivés sur place, ceux­-ci confir­ment le sinistre et entreprennent de le combattre. A noter pour la petite histoire qu’un quart d’heure plus tard se termi­nait un match de l’Eurofoot 2008 et que les rues se remplissaient de supporters qui auraient bloqué les véhicules des pompiers ...

Rappel des événements

Aussitôt sont alertés le service de sécurité de l’Université, l’administrateur de la faculté concernée (les Lettres) et la directrice de la bibliothèque de la faculté, qui se rendent sur place. Lundi 30 juin à 00h15 le feu est sous contrôle et à 00h30 le service de Protection des biens culturels (PBC) est averti.

Inauguré en 1879, le bâtiment des Philosophes a jusqu’en 1980 abrité l’école de chimie de l’Université, puis certains départements de la Faculté des Lettres. L’aile sud, où s’est déclaré l’incendie, comportait trois étages de bibliothèques, le dernier (bibliothèque d’allemand) se situant directement sous le toit, séparé de la charpente par un faux plafond.

Allumé accidentellement ou intentionnellement par une personne restée inconnue à ce jour, le feu a pris dans un placard à balais situé au début de l’aile. Il a été rapidement éteint par les pompiers, mais des gaz inflammables avaient pu suivre une ancienne canalisation courant sous le toit et déclencher un deuxième foyer à l’extrémité opposée, ce qui a conduit à un embrasement général du toit. Les pompiers ont alors dû percer le faux plafond pour combattre le feu par dessous tandis que leurs collègues arrosaient le toit.

La bibliothèque d’allemand a donc souffert de l’eau et des chutes de gravats et de suie. Certains rayons sont tombés, d’autres ont explosé sous la pression des livres gonflés d’eau. Par contre aucun ouvrage n’a brûlé. Les pompiers ayant heureusement réussi à couvrir de bâches imperméables les rayons des bibliothèques des étages inférieurs (espagnol et histoire de l’art), celles-ci ont moins souffert, mais l’eau a quand même ruisselé jusqu’à l’étage inférieur et deux jours après le sinistre il arrivait encore que des poches d’eau crèvent.

Chronologie des opérations

Vu qu’on craint la présence d’amiante et des émanations de chlore, l’accès au bâtiment est interdit tout le lundi matin. Pendant ce temps nous établissons des contacts avec les différents intervenants (assurances, dépôts frigorifiques, Docusave, entreprises de transport, etc.); nous disposons déjà de plans du bâtiment; nous relevons les chiffres sur les collections dans les statistiques du catalogue informatisé (RERO). Nous demandons au COSADOCA (consortium de sauvetage du patrimoine documentaire en cas de catastrophe, Lausanne, http://www.cosadoca.ch) le prêt de caisses d’évacuation et de ventilateurs.

A 14h, un premier rapport réunit des bibliothécaires, des membres des services de la sécurité (STEPS) et des bâtiments de l’Université, de la Protection civile (PC), de la Protection des biens culturels, des Services industriels (électricité) et des représentants des assurances et des entreprises de nettoyage. Les analyses chimiques montrant qu’il n’y a pas de risque d’intoxication, nous pénétrons dans le bâtiment casqués, bottés et vêtus de solides vestes de la PC. Quand il s’agit de marcher sur des gravats, penché sous des lattes hérissées de clous, personne ne se plaint d’être ainsi équipé!

A 15h30 nous pouvons évaluer le volume à évacuer (on calcule en palettes et non en nombre de livres ...), à congeler ou à sécher, ainsi que la surface de séchage nécessaire. L’entreprise de transports est engagée, la place dans les entrepôts frigorifiques réservée, la surface de séchage louée dans un centre d’exposition (Palexpo) heureusement inoccupé quelques jours. Nous décidons de commencer l’évacuation mardi 1er juillet à 10h.

Mardi matin, la Protection civile dégage un cheminement dans la bibliothèque d’allemand, installe des génératrices (l’électricité est coupée dans le bâtiment) et apporte l’équipement indispensable. Nous allons chercher le matériel nécessaire (caisses, masques et gants de protection, papier de ménage, sachets de congélation). A 14h, les équipes d’évacuation sont rassemblées mais doivent attendre la fin d’une intervention urgente sur le toit du bâtiment et à 15h, soit 41 heures après le début de l’incendie, l’évacuation des livres mouillés ou humides peut commencer et nous décidons de faire fonctionner le dispositif 24 heures sur 24.

Participent à l’évacuation les collaborateurs des bibliothèques (de l’aide- bibliothécaire à la directrice de l’information scientifique de l’Université), du personnel de l’Université, des étudiants engagés pour l’occasion, des membres de la PC et de la PBC ainsi que deux équipes engagées par les entreprises de nettoyage.

A 20h, le premier camion chargé de livres mouillés à congeler arrive devant les portes closes des entrepôts frigorifiques: nous avions pensé à demander l’autorisation de circuler de nuit, mais négligé d’avertir les entrepôts de notre heure d’arrivée tardive ...

A 21h, le premier camion chargé de livres humides à sécher arrive à Palexpo et commence la spectaculaire mise en place de 30 000 livres dont les photos ont fait le tour du monde.

Les équipes se succèdent et vont dormir, les camions tournent. Mercredi 2 juillet à 17h commence l’évacuation des livres non sinistrés vers les bibliothèques provisoires et à 20h se termine l’installation des livres à sécher. Nous cessons alors de travailler de nuit.

Jeudi 3 juillet interviennent les gens de Docusave (http://www.docusave.ch), entreprise spécialisée en séchage de papier (en particulier par lyophilisation de livres congelés). Ils visitent les lieux concernés et décident de passer la nuit à Palexpo à trier les livres mis à sécher. Vendredi matin 4 juillet, ils terminent leur tri: 80% des livres sont secs, 10% doivent encore être séchés dans les locaux de l’Université, 5% doivent être congelés et 5% sont emportés pour être traités immédiatement. En fin de matinée nous avons vidé Palexpo et à 14h30 a lieu le rapport final (debriefing).

Le 28 juillet le bâtiment est partiellement ouvert au public et le 19 août les bibliothèques de l’aile nord, non sinistrées, sont à nouveau accessibles. Le 25 août nous avons fini d’installer des bibliothèques provisoires d’allemand, d’espagnol et d’histoire de l’art.

En été 2009, les derniers livres lyophilisés reviennent, mais en novembre 2010, l’opération n’est pas encore achevée: des livres doivent encore être rachetés, et ce n’est qu’à la fin de l’année que les livres seront à nouveau tous en libre-accès.

Quelques chiffres

Au moment du sinistre, les bibliothèques d’allemand, d’espagnol et d’histoire de l’art totalisaient environ 77 000 volumes. 22 500 livres mouillés ont été congelés, puis lyophilisés; 30 000 ont été séchés à l’air. 2700 ont dû être éliminés, car trop atteints (dégâts d’eau irréversibles, moisissures, écrasement sous les gravats). Le solde a été déplacé dans des locaux provisoires où une partie a été ionisée pour en chasser l’odeur de fumée.

Essai de bilan

Difficile, même deux ans après le sinistre, d’en établir le bilan. Une situation réelle telle que nous l’avons vécue ne peut pas correspondre aux situations type décrites par les manuels ou testées lors d’exercices de formation. Il y a aussi la part subjective d’interprétation: est-on heureux d’avoir sauvé et remis rapidement à disposition les fonds, ou est-on gêné par des pages gondolées et des reliures avachies?

Il faut reconnaître que les bibliothèques de l’Université ne disposaient pas d’un plan d’urgence. Ce manque s’est ressenti essentiellement au niveau de la donnée d’ordres; en effet il faut une certaine discipline militaire pour gérer un tel sinistre et en absence d’un organigramme définissant clairement les fonctions de chacun, certains intervenants ont donné des consignes inutiles, voire mauvaises. Ensuite, si les responsables ont été rapidement informés, des trois spécialistes PAC (Preservation and Conservation) actifs à l’Université, deux étaient en vacances et le troisième a appris le sinistre à la radio, le lendemain matin. Il en a résulté un net manque d’encadrement.

Au plan d’urgence est lié un stock de matériel: caisses, papier de ménage, masques, gants, etc., qui évidemment ne se trouvait pas à notre disposition.

Pour ce qui est du matériel, nous avons profité des liens que nous avions depuis longtemps avec le consortium COSADOCA pour lui emprunter caisses et ventilateurs. Nous avons trouvé masques, gants et papier de ménage en quantité plus que suffisante dans les laboratoires de la Faculté de sciences, et nous avons vidé les rayons de sachets de congélation du supermarché du quartier (nous avons même profité de l’action de la semaine ...). Le reste du matériel, dont l’acquisition était moins urgente, a été trouvé dans un supermarché du centre. Enfin, la PC nous a fourni les bottes, casques et vestes indispensables.

Il n’y avait certes pas de plan d’urgence, mais le projet était en cours: trois personnes avaient suivi plusieurs formations théoriques et pratiques et l’ensemble du personnel des bibliothèques avait été sensibilisé à cette problématique. Une inondation survenue dans une bibliothèque quelques années auparavant avait convaincu le rectorat et le service STEPS de l’importance de la politique PAC et d’un plan d’urgence. Quand il a fallu se mettre au travail, tout le monde était motivé et savait ce qu’il fallait faire, du pompier qui a bâché les rayons aux bibliothécaires qui ont disposé les livres à sécher. L’expérience de conduite du service STEPS a été précieuse, de même que ses liens avec pompiers et PC, des liens cordiaux ayant été par ailleurs établis entre la PBC et les membres de l’Université en charge du projet PAC. Enfin, le service des bâtiments était en relation avec des sociétés de transport et des locaux de stockage.

Une bonne surprise, jamais mentionnée dans les cours de formation: l’aide efficace, rapide et généreuse des compagnies d’assurance et de nettoyage, qui ont soit mobilisé elles-mêmes des équipes expérimentées, soit nous ont alloué les moyens pour le faire. Il faut oublier l’image du démarcheur d’assurance qui vous talonne ou du nettoyeur qui passe dans votre bureau. Ces sociétés disposent de collaborateurs qui nous ont donné d’excellents conseils et fourni une aide précieuse.

Lors des exercices en grandeur nature du COSADOCA, la PC installe des tentes, un poste de commandement et un réseau de transmissions radio, et assure le ravitaillement des équipes. Un sinistre réel ne figurant pas à l’agenda, la PC genevoise était déjà mobilisée par d’autres engagements et n’a pas pu mettre tous ses moyens à notre disposition. Nous avons réussi à termine l’évacuation avant la pluie, le poste de commandement se trouvait dans une salle encore utilisable du bâtiment sinistré et nous avons mangé des sandwichs plutôt que des repas chauds. Seule la transmission radio a vraiment manqué, remplacée par des téléphones portables grésillants et des navettes. Ce point est important: en cas de sinistre plus important, les réseaux de téléphone portable ne fonctionnent plus, alors que la communication est vitale.

Toujours lors des exercices, il y a des temps morts, dont se plaignent les participants. Il faut constater qu’en situation réelle ce n’est pas mieux. Personne n’est à blâmer. Le retard d’un seul camion va mettre au chômage toute une équipe d’évacuation, et quand le camion arrive, c’est l’équipe de séchage qui va devoir attendre sans rien faire ...

Une autre découverte: il faut bien sûr intervenir au plus vite, en particulier pour éviter le développement de moisissures ou des dégâts d’eau supplémentaires. Mais on dispose aussi de beaucoup de temps pour planifier les opérations avant d’avoir le droit de pénétrer dans un bâtiment incendié. Il y a aussi des décisions brutales à prendre, quand on se rend compte que selon les expériences faites ailleurs il faudrait dix jours pour évacuer les livres ... Le temps réel est différent de celui des manuels et des exercices!

Et la prévention? Etablir un plan d’urgence (le nôtre est désormais prêt), former et exercer les collaborateurs. Mais aussi: ne pas serrer les livres sur les rayons, éviter le plastique autocollant transparent, relier. (Re)cataloguer tout le fond en ordinateur et munir les livres de codes-barres ... Tous ces bons conseils, on les trouvera ailleurs, mais ils sont valables. Reste à les mettre en pratique ...

Enfin, les avis des utilisateurs sont partagés sur l’état des livres sauvés. Il faut reconnaître qu’un livre qui a été arrosé par les pompiers sous un toit en feu et qui a été congelé, puis lyophilisé, n’a plus la fraîcheur de celui qui sort de presse. En plus, malgré tous les traitements, il peut garder une légère odeur de fumée. Mais dans ce bilan forcément en demi-teinte, je voudrais garder pour la fin ce qui me semble le plus important: en un temps raisonnable, 96% du fonds a été remis à disposition des étudiants, des enseignants et des chercheurs de notre université, car c’est bien le service aux usagers, sous toutes ses formes, qui est au centre de notre métier.

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Guy Roland

Bibliothécaire de la Faculté de théologie, Université de Genève 

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*Pflichtfeld

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Am 29. Juni 2008 brach in der Uni Genf im Gebäude der Philosophen ein Brand aus. Dabei wurden die deutschsprachige Bibliothek durch Russ, Schutt und Wasser schwer und die Bibliothek für Spanisch und Kunstgeschichte leicht beschädigt. Bei spezialisier­ten Firmen wurde umgehend um Unterstützung für die Rettung der Bestände angefragt. Insgesamt wurden gegen 60 000 beschädigte (zumeist feuchte) Bücher «evakuiert». Spezialisten von Docusave machten sich daran, die Bücher fachgerecht zu trocknen. Im Sommer 2009 werden die letzten mit der Gefriertrocknungsmethode restaurierten Bücher wieder angeliefert. Insgesamt wurden 30000 Bücher luftgetrocknet, deren 22 500 gefriergetrocknet, und 2700 mussten endgültig aussortiert werden. Es ist schwie­rig, eine Bilanz zu ziehen. Das Fehlen eines Notfallplans und von Material hat sich negativ ausgewirkt. Die Koordination der Arbeiten und die Kommunikation haben ent­sprechend gelitten.

Positiv zu verzeichnen ist die rasche und unbürokratische Unterstützung von Versiche­rungen und externen Reinigungsfirmen. Die Lehren wurden gezogen: Es existiert jetzt ein Notfallplan, und das Personal soll künftig geschult werden. Weitere Massnahmen (v.a. technischer Art) sind vorgesehen. Insgesamt konnten 96% des angegriffenen Be­standes wieder hergestellt resp. in einen brauchbaren Zustand versetzt werden – und das ist die Hauptsache!