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2008/3 Informationseinrichtungen und Sport

Les archives du Club alpin suisse: carnet de voyage

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L’intérêt croissant pour l’histoire du temps libre, du sport ou plus générale­ment de la sociabilité est un phénomène qui conduit de plus en plus de cher­cheurs à explorer ce territoire varié et imprévisible que sont les archives des associations, terrain de chasse autrefois battu par les seuls membres chargés de rédiger les plaquettes commémoratives lors des anniversaires. 

La visite des locaux – salles de réunion, restaurants, abris antiatomiques, archives cantonales, bibliothèques, ou encore caves privées – reste le seul moyen de se pencher avec sérieux sur la vie de ces sociétés. Cette démarche est en soi une entreprise, au cours de laquelle le chercheur doit allier des talents de diplomate et de détective pour arriver à ses fins. Et s’il est ponctué de surprises, ce voyage n’en reste pas moins riche d’informations incontournables concernant les associations et le rapport qu’elles entretiennent avec leur propre passé.

Sans prétendre à une réflexion générale sur les archives associatives, les observations proposées ici s’inscrivent plus modestement dans le cadre d’une recherche intitulée Fait associatif, territoire et société: l’histoire du Club alpin suisse (1863–1945), financée par le FNS et dirigée par le professeur Gianni Haver (Université de Lausanne). Elles forment en quelque sorte l’état des lieux de notre parcours, encore inachevé, à travers les archives du Club alpin suisse.

L’empreinte d’une association sur ses archives

La forme et les caractéristiques des archives du CAS sont en lien direct avec les spécificités de l’association. Dès sa fondation en 1863, le Club alpin se subdivise en sections créées sur une initiative spontanée dans toutes les régions de la Suisse et conservant une grande autonomie de fonctionnement. À ce jour, le CAS dénombre 112 sections – elles étaient déjà 58 à la veille de la Première Guerre mondiale et 85 au début de la Deuxième – pour un total de 118 000 membres. En termes d’archives, ce caractère décentralisé entraîne une démultiplication des lieux de production et de conservation des documents, qui ne facilite pas la tâche du chercheur.

Outre sa structure, d’autres éléments ont influencé l’éparpillement géographique des archives du CAS. L’approche savante de la montagne qui dominait dans ses premières décennies d’existence a conduit à un travail de patrimonialisation de la nature, non seulement «sur le terrain» par les actions en faveur de la protection de l’environnement, mais aussi dans les vitrines de ses collections, bibliothèques et musées. Les premiers membres, souvent des scientifiques amateurs ou professionnels, portaient un intérêt particulier à l’acquisition de cartes et de maquettes, qui faisaient alors la fierté du club dans les expositions nationales et internationales, et s’occupaient également de constituer des collections minéralogiques, botaniques, ou zoologiques. Cet intérêt encyclopédique dans tous les domaines touchant à la montagne a conduit à croiser le parcours de diverses institutions: pour des raisons de place et de visibilité, il est ainsi arrivé que les matériaux collectés soient légués à des musées, des écoles ou des universités, voire vendus à des privés, provoquant au passage de vives discussionsSur ces questions, voire entre autre la revue Les Alpes, Janvier 2002, p. 18 et suiv.. Les travaux de mensuration des glaciers entrepris dans les années 1870 et 1880, auxquels participaient activement les nombreux polytechniciens figurant dans les rangs du CAS, ont par exemple été déposés en partie à l’ETH de Zurich.

En dépit de cette relative fragmentation, le chercheur peut aujourd’hui compter sur trois dépôts de fonds essentiels, qui privilégient chacun un type de matériel et présentent une logique propre de conservation et de consultation des documents. Les publications, propriété de l’association centrale, notamment les revues, les livres et le matériel cartographique, sont rassemblés dans la Bibliothèque centrale, elle-même déposée à la Zentralbibliothek de Zurich. Le Musée alpin suisse de BerneLe Musée alpin est fondé en 1905 sur initiative et grâce au soutien fondamental du CAS.conserve et expose de son côté un matériel de nature et de provenance très variées en lien avec le patrimoine culturel alpin, parmi lequel figure par exemple le fonds de l’Office central pour les clichés de projections alpestres, créé par le CAS en 1908. Le troisième espace fondamental – qui constitue également le centre autour duquel gravitent nos travaux – est l’archive centrale du CAS, qui correspond aux affaires traitées à l’échelle du club tout entier par son comité directeur.

Archives centrales: entre culture et administration

D’une richesse remarquable, les archives centrales sont entreposées dans les sous-sols des locaux du secrétariat central du CAS, à Berne. L’accès n’est pas public et leur conservation n’est pas adaptée à la consultation. Ces archives ont fait l’objet d’un travail de classement soigné dans les années 1920, qui a abouti en 1928 à un premier index et répertoire complet. Après les années 1940, les documents ont été stockés dans des cartons, sans être répertoriés.

Un seul regard porté aux archives centrales du CAS jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale permet de constater la grande minutie avec laquelle ont été tenus les registres (prise de note détaillée et organisation en vue d’utilisation ultérieure avec en marge les intitulés des objets traités). Cette «culture des archives» n’est pas le fruit du hasard. Elle est liée au contexte culturel d’une époque, à la composition sociale de l’association, aux objectifs qu’elle affiche, ainsi qu’au processus de bureaucratisation interne. Le soin apporté à la direction des affaires du CAS doit ainsi être mis en rapport avec le profil social de ses membres. Au XIXe siècle, le club rassemble essentiellement les représentants d’une élite bourgeoise et cultivée, rompue à l’exercice intellectuel et/ ou aux démarches administratives et commerciales. Notons au passage que la personnalité du secrétaire – qui est souvent, au début, d’un statut social élevé, par exemple professeur d’université – a joué ici un rôle fondamental. Bien plus que de courir les sommets, les fondateurs du CAS assignent au club une mission d’envergure nationale et patriotique, s’inscrivant en plein dans la mouvance associative comme support à la construction de l’État fédéral moderne. Mené en interrelations étroites avec les milieux politiques, économiques et culturels par des acteurs souvent communs, le projet du CAS relève ainsi d’un utilitarisme social nécessitant une structure solide et une gestion sérieuse. Le fait que dès 1904 tous les procès-verbaux soient rigoureusement tapés à la machine, reliés et même dotés d’un index, dénote d’une préoccupation particulière portée à cette tâche.

Au-delà de l’aspect socioculturel, la précision dans la gestion des documents s’explique par la structure tournante du Comité central, impliquant une passation de l’ensemble des dossiers administratifs tous les trois ans, et donc un changement de secrétariat. L’agrandissement et la complexification de l’association ont induit une progressive bureaucratisation et une standardisation des rapports sociaux, qui se traduisent par une production croissante de la documentation.

On remarque que la qualité des archives varie en fonction de deux dynamiques – la première est culturelle tandis que la seconde est bureaucratique – et contrairement à ce que l’on pourrait attendre, cette dernière n’implique pas automatiquement une gestion des fonds qui aille au-delà des besoins administratifs immédiats. Ainsi, en dépit de la professionnalisation du Secrétariat central, on constate que l’aspect qualitatif des archives régresse. On peut même en conclure que l’attention portée à la conservation d’une mémoire associative est d’autant plus forte, que les individus qui gèrent la vie courante de l’association sont en même temps ceux qui s’occupent de sa mise en valeur symbolique et culturelle.

Les premiers historiques importants de l’association (réalisés lors des 25e et 50e anniversaires de sa fondationBuss Ernst, Die ersten 25 Jahren des Schweizer Alpenclub, Bern, S.A.C., 1889; Dübi Heinrich, Die ersten fünfzig Jahren des Schweizer Alpenclub, Bers, S.A.C., 1913.) ont été rédigés avec une attention très «positiviste» pour le détail, par des personnalités qui étaient ou avaient été actives dans le Comité central (à l’instar du pasteur Ernst Buss, vice-président dans les années 1889 à 1891, ou du professeur et historien Heinrich Dübi, secrétaire de 1879 à 1881 et rédacteur de l’annuaire entre 1891 et 1923). Avec le morcellement de plus en plus marqué des tâches assumées par le Comité central, le Secrétariat central et les rapporteurs de la mémoire collective du CAS, l’attention pour la valeur symbolique des archives a de fait diminué de manière significative.

Les sections locales

Répondant à un objectif fondamental du club, les sections ont très tôt mis à disposition de leurs membres: cartes, guides, manuels, revues et ouvrages spécialisés. Le sort réservé aux documents d’un intérêt moins «utilitariste» s’est par contre profilé avec moins d’évidence, et la forme sous laquelle se présente le matériel conservé par chaque section varie considérablement. L’autonomie de décision et de gestion des sections a prévalu dans les choix de stockage et de mise à disposition des documents, dont on remarque que la destinée est bien souvent liée à une initiative individuelle plus ou moins éclairée, probablement plus qu’aux disponibilités financières des sections. Certaines, comme la section valaisanne de Monte Rosa, ou la section fribourgeoise de Moléson, ont versé leurs fonds aux archives cantonales. D’autres ont préféré garder le contrôle de leurs propres archives. La section lausannoise des Diablerets dispose même d’une «Commission des archives», qui compte 5 personnes et dont le président est un archiviste professionnel. Le système de milice a ici particulièrement bien fonctionné, tant il est vrai que les fonds lausannois ont fait dernièrement l’objet d’un classement soigneux, disponible même sur Internet. Il n’en va malheureusement pas toujours ainsi, et nous avons pu constater en d’autres lieux les conséquences liées à une gestion inadéquate (vols ou perte de matériel), et les dégâts causés par un stockage inadapté – qui a même dans un cas résulté sur des dommages dus à des infiltrations d’eau.

Au-delà d’une évolution plus ou moins commune, qui rappelle parfois celle des archives centrales – notamment le passage d’une association d’élite savante à une association plus sportive – notre expérience nous pousse à penser que les archives des sections révèlent des caractéristiques et une identité propres, en fonction de leur parcours spécifique de vie. Globalement, on constate que les tout premiers documents, abstraction faite de l’époque de fondation des sections, ont été soigneusement établis et relativement bien conservés par la suite: hautement symbolique, l’acte de fondation est doté d’un caractère formel important, qui lui garantit le plus souvent une certaine pérennité. Avec les années, il arrive cependant que l’attention des acteurs diminue, et le sort des archives suit les crises de l’association, ou la fortune de ses membres influents. Les lacunes parmi les procès-verbaux sont ainsi le signe d’une certaine faiblesse, qui peut se traduire dans une tenue plus informelle des réunions ou dans l’intégration d’une partie des documents concernant l’association dans les archives privées de quelques membres influent (comme cela a été le cas par exemple pour la section du Tessin). L’existence même d’un local de réunion durable, condition souvent indispensable pour éviter la dispersion de matériels au fil du temps, ne va pas de soi, et dépend en partie des disponibilités financières de la section en question.

Expériences et constats

Comme on l’a vu, le chercheur intéressé à l’histoire du Club alpin suisse se trouve le plus souvent confronté à des «archivistes» non professionnels. Dès ce moment, le succès et la facilité du travail dépendent énormément des relations établies avec la personne en charge des archives. Généralement d’ailleurs, l’accueil réservé aux chercheurs est très positif, et nous n’avons jamais essuyé de refus (l’image actuelle du CAS en tant qu’association essentiellement sportive et culturelle, et donc peu liée à des questions sociopolitiques «délicates», favorise probablement cet état de faits). Dans les sections locales, la figure du membre «passionné» peut s’avérer une ressource importante, même si une bonne connaissance du contenu des archives est assez rare.

Pour tout dire, le désintérêt vis-à-vis du patrimoine mémoriel (privé) de l’association peut être au premier abord assez «pratique» pour le chercheur, qui a ainsi la possibilité de travailler librement et sans restrictions dans les magasins. Toutefois, il est évident que sur le long terme, ce type d’attitude peut sérieusement compromettre la qualité et la pérennité des archives des sections. En ce sens, on peut imaginer que les travaux entrepris sur l’histoire du CAS depuis ses origines permettent de réveiller un intérêt pour cet héritage, relégué parfois au profit d’intérêts plus contemporains.

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Elodie Le Comte

Assistante, FNRS, Université de Genève

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Andrea Porrini

Assistant diplômé ISCM, UNIL

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Im Rahmen einer Forschungsarbeit mit dem Titel «Fait associatif, territoire et société: l’histoire du Club alpin suisse (1863–1945)» unter der Leitung von Professor Gianni Haver von der Universität Lausanne und mit Unterstützung des Schweizerischen Na­tionalfonds beschreiben verschiedene Autoren ihre Forschungen im Archiv des Schwei­zer Alpen­ Clubs. Der Verein, ein Spiegelbild des schweizerischen Föderalismus, zeigt ein Bild der sehr zufälligen, ja geradezu disparaten Archivierungsaktivitäten der kanto­nalen Sektionen des Schweizer Alpen­Clubs. Drei grosse Archivbestände in verschiede­nen Bibliotheken (Zentralbibliothek Zürich, Universitätsbibliothek, Schweizerisches Alpines Museum bzw. Geschäftsstelle des Schweizer Alpen­Clubs) ermöglichen einen Überblick über die Aktivitäten und Vorhaben des Clubs.

Ein Vergleich der verschiedenen Archivbestände zeigt, dass das Interesse an der Be­wahrung eines Gedächtnisses des Vereinslebens sehr wichtig ist, sind doch die jetzigen Vereinsverantwortlichen dafür verantwortlich, dass die Symbole und die kulturellen Werte des Vereins auch in der Gegenwart erhalten bleiben.