Commentaires Résumé
2016/3 Détruire pour conserver?

Le plaisir de tout conserver sans modération: une question de taille?

Commentaires Résumé

Pourquoi jeter lorsqu’on peut conserver? Exit le papier physique et les mètres linéaires. L’ère du numérique a tout chamboulé. L’espace dans les nuages est infini, c’est la promesse de la loi Kryder qui prédit empiriquement le doublement de la densité de stockage tous les ans depuis 60 ans. Mais conserver l’information c’est bien, la retrouver c’est encore mieux et indispensable. Google trouve plutôt bien son chemin parmi plus de 1000 milliards de documents décentralisés. Alors pourquoi devrions-nous perdre du temps à trier, archiver, sélectionner, effacer nos centaines d’emails, de photos et autres documents? Ici sont présentés quelques idées, repères et exemples relatifs à la problématique de la conservation de toute l’information numérique plutôt que de son élimination.

Tous archivistes

Dans nos sociétés modernes, nous sommes tous des archivistes … Des archivistes plus ou moins efficaces. Nous sommes bien entendu tous confrontés à la gestion de nos nombreux documents administratifs. Et tout comme des archivistes chevronnés, nous nous devons de faire des classements et, de temps en temps, de décider de nous séparer de certains documents pour retrouver un peu d’espace dans nos rangements. Nous sommes encore des archivistes lorsque nous décidons de mettre nos photos numériques sur un support optique, de les étiqueter, d’en imprimer certaines ou carrément d’en effacer d’autres, car elles sont légèrement floues. Bien entendu, l’analogie s’arrête ici, car l’archivistique professionnelle s’occupera au sein d’une entreprise ou d’une institution, entre autres, du cycle de vie du document, mais aussi d’archiver les documents de façon pérenne sur du très long terme. Cependant, cette question de l’élimination qui touche l’archiviste professionnel est universelle dans notre monde moderne. Elle se doit d’être mise en perspective, par rapport à l’état de l’art du stockage et du traitement des données. À noter que l’élimination de données pour des aspects légaux, de confidentialité et de droit à l’oubli, ainsi que la conservation à long terme des documents numériques ne seront pas considérées ici. Cependant, en ce qui concerne la conservation à long terme, les principes de bases présentés dans cette revue semblent aussi valables (pour des coûts supérieurs). Et certaines solutions flexibles liées au cloud computing semblent aussi prometteuses 1

234pour traiter ce problème.

Taille de l’information, de quoi parle-t-on?

Dans le monde numérique, l’espace se compte en bits, la plus petite unité d’information. Avec un simple bit par exemple, on peut indiquer que l’on rend visible des millions de documents dans une interface ou pas, plutôt que de les effacer définitivement. L’octet, l’unité de base de l’informatique, qui représente 8 bits, permet lui de coder 256 informations. Mais que représente par exemple 1 To (téraoctet) de données, taille moyenne en 2016 des disques durs dans nos ordinateurs portables? Selon le Tableau 1, il est possible actuellement de stocker dans 1 To de 1 à 4 millions de livres, 250 DVD, approximativement 10% des ouvrages présents à la Bibliothèque nationale de France (BNF), ou 0,6% de Common Crawl. Et ainsi de conclure qu’un ordinateur actuel permettrait de stocker au format numérique la plupart de nos bibliothèques, sauf les plus grandes. Et qu’internet une fois de plus pose de nouveaux défis.

Pour arriver à stocker autant de données dans nos ordinateurs, il s’est passé 60 ans d’évolution et de défis techniques 5

(voir Tableau 2) qui ont donné naissance à la loi de Kryder 6(du nom de l’ingénieur chez Seagate qui identifie cette loi en 2005). Cette loi empirique (similaire à la fameuse loi de Moore) indique que la densité de stockage est multipliée par deux tous les ans pour un coût deux fois moindre. Et même si un certain ralentissement de la croissance de stockage dans les zones de stockage personnelles est constaté, la dernière colonne du tableau donne aussi la capacité qu’il est possible d’acheter pour CHF 100.–. Ainsi, si en 2015 il est possible d’obtenir 2 To pour CHF 100.–, pour le même prix en 1973 nous obtenions 33 Ko seulement.

  • 1 Steven. C. Horii, «Archiving, Chapter 10: Future Storage Trends and Technologies» [en ligne], <http://siim.org/?page=archivin... chapter10> (consulté le 22.07.2016)
  • 2 ,
  • 3 Rosenthal. David, «The Future of Storage» [en ligne], 2016,
  • 4 (consulté le 22.07.2016) 
  • 5 Cocilova, Alex, «The astounding evolution of the hard drive» [en ligne]. 2013,  (consulté le 22.07.2016)
  • 6 Walter, Chip. «Kryder›s law». Scientific American, 293(2), 32-33. 2001. 

Commentaires

*Pflichtfeld